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Lire Les
Illuminations, la tâche est
parfois rude car
Rimbaud pratique à la perfection l’art de l’énigme :
l’image insolite,
la
bizarrerie
syntaxique (la phrase
labyrinthique aussi
bien que
l’ellipse piégeuse), l’allusion opaque, le
symbole
ipséiste,
l’érotisme
crypté,
l’excipit
excentrique, l’abstraction,
pourvoyeuse de
tant
d’ambiguïtés. En bref : le défi herméneutique. Mais,
comme Steve Murphy le note dans la préface de cette
édition fac-similaire, il y a moins là matière à
décourager qu’à nous entraîner dans « le travail
et le jeu de l’interprétation » :
On a pu affirmer que
le vrai sens des Illuminations était de ne
pas en avoir un ; pour ceux qui veulent obtenir des
certitudes interprétatives, elles en auraient trop.
L’incertitude, pourtant, peut être une excellente
raison de relire et poursuivre le travail et le jeu
de l’interprétation.
Rimbaud,
d’ailleurs, ne nous a pas laissés sans un fil d'Ariane : l’agencement des poèmes,
le fil directeur qui trace dans Les Illuminations
un double parcours, biographique, d'« Enfance » à
« Jeunesse », avec en particulier son poème «Vingt ans »
et intellectuel, du souvenir du « temps des Assassins »
jusqu'aux congés de « Solde ».
Une légende
rimbaldienne veut que ce ne soit pas Rimbaud lui-même
qui ait rangé Les Illuminations dans l'ordre où
nous les lisons mais leurs premiers éditeurs de la revue
La Vogue en 1886. Tout, pourtant, dans cette
œuvre, non seulement les poèmes pris un par un mais
l'histoire qu'implicitement, ils racontent, porte le
sceau de Rimbaud.
La preuve, il est un endroit privilégié
où la trouver. Ce lieu, seule scène où restent visibles
quelques traces de l’acte créatif, c’est le manuscrit.
D’où notre intérêt à le reproduire et à le diffuser. |
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On
y voit le poète à l’œuvre, regroupant en séries
numérotées des poèmes antérieurement indépendants,
soudant les uns aux autres certains de ses textes par le
biais de ce qu’on appelle la « copie continue »
: les
poèmes sont souvent copiés bout à bout, sur une même page ou
chevauchent d’une page sur l’autre, et ils ne sont pas
enchaînés au hasard.
Dans son travail d'interprétation le lecteur gagne à
pouvoir s'appuyer sur une bonne connaissance de l'architecture
de l'œuvre, telle que le manuscrit la révèle. Et c'est
le but de cet album de fac-similés que de
diffuser cette connaissance auprès du plus large public. Comme l'annonce
la notice introductive...
Ce volume rassemble
les trente-cinq feuillets des poèmes en prose qui
nous sont parvenus. Pour la première fois, ils sont
reproduits en couleurs pour restituer l’aspect
matériel de l’ensemble des feuillets et conserver
tout ce qui s’y trouve d’allographe.
Les manuscrits
sont reproduits à leur taille réelle et sans toilettage, offrant la
possibilité d’y remarquer ces formats atypiques et ces numérotations
disparates qui occupent une place
centrale dans le débat érudit sur leurs dates de
confection et les auteurs de leurs
diverses paginations. Comme l’indique la note « Sur cette
édition » de l’ouvrage, dans sa conclusion :
Le présent volume veut
confronter le lecteur à la réalité des feuillets
manuscrits. Ils ne sont pas ici débarrassés des
mentions inscrites par les typographes (patronymes,
nombres de lignes, types de caractères, mise en
évidence des titres) qui ont préparé leur première
édition dans La Vogue. Leur lecture, délicate
et exigeante, permet de cerner les enjeux d’un
recueil qui a vu le jour sans que l’auteur ait pu en
contrôler l’édition.
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