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Vers nouveaux et Chansons
VERS NOUVEAUX ET CHANSONS
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Les éditeurs utilisaient jadis les titres Derniers Vers ou Vers nouveaux et Chansons, qui ne sont pas
de Rimbaud, pour désigner ces poèmes de 1872 (et 1873 ?). Cette
tradition, jugée non scientifique, s'est ensuite perdue mais Steve
Murphy la réhabilite ("Éditer Rimbaud", AR à l'aube d'un nouveau siècle,
Klincksieck, 2006, p.80). Nous adoptons celui des deux titres
traditionnels qui reflète le mieux selon nous cette double caractéristique des
derniers vers de Rimbaud : les hardiesses métriques ("vers
nouveaux") et le dialogue avec le Verlaine de "Romances sans
paroles" ("chansons").
L'ordre de succession
généralement adopté consiste à
placer d'abord les poèmes datés, dans l'ordre chronologique, puis les
autres (voir ci-contre).
Il existe souvent des versions alternatives, que nous intercalons (en
les annonçant par : >>). Ce
sont :
—
Des versions sans titres, sans
majuscules en début de vers, et plus ou moins déponctuées, des
poèmes de mai 1872.
—
Une autre version des Fêtes de la
Patience.
Les versions Forain et Richepin des poèmes de mai-juin 1872 sont datées (ainsi que les poèmes de juillet-août). Les
versions alternatives que nous possédons de ces poèmes ne sont pas
datées. Mais elles constituent selon Steve Murphy des transcriptions
postérieures aux autographes détenus par Forain et Richepin :
" Les manuscrits remis à Forain et Richepin semblent bien
précéder ceux du dossier de 1886, ce qu'on peut inférer des
circonstances de leur transmission étant conforté par l'analyse
graphologique de ces documents" (SM-IV, 92).
À part les versions Richepin et Forain, qui
ont été révélées par diverses éditions de Berrichon, dans les
années 1910-1920, la plupart des manuscrits de 1872 proviennent de ce
que Murphy appelle le dossier de 1886, c'est à dire le
dossier de textes rimbaldiens détenus par Verlaine qui servit à
l'édition des
Illuminations dans la revue La
Vogue, en 1886 (on sait que plusieurs textes de 1872 furent
inclus abusivement dans cette publication). On peut consulter cette édition
de 1886 sur le net : http://un2sg4.unige.ch/athena/rimbaud/rimb_ill.html
Beaucoup de ces manuscrits,
qui appartenaient à la collection Pierre Berès, n'étaient pas
consultables jusqu'à très récemment. Les éditions existantes les
reproduisent d'après La
Vogue, sans que leurs responsables aient pu vérifier le texte. Mais
ces manuscrits ont changé de mains lors de la
vente Berès du 20.06.06 et leurs fac-similés sont désormais consultables en format
pdf sur :
http://www.bibliorare.com/vente-beres-juin-2006.htm
(parties 7 et 8 du catalogue).
Il faut enfin ajouter deux
textes importants :
—
Un brouillon de "Ô saisons,
ô châteaux..."
—
Un premier état de
"Mémoire" : "Famille maudite".
Rappelons que
six de ces textes ont en outre été insérés, sous une forme plus ou
moins renouvelée, dans Alchimie du verbe.
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| Autographe donné par
Rimbaud à Louis Forain. Collection Berès.
Il existe trois
versions de "Larme" :
- le manuscrit, daté de mai 1872, qui fut d'abord détenu par
Forain (ci-contre).
Ce manuscrit a changé de mains lors de la
vente Berès du 20.06.06. Le fac-similé est consultable en format
pdf sur : http://www.bibliorare.com/cat-vent_
beres20-6-06-2-8.pdf
- une
version sans titre, qui a servi à l'édition des Illuminations
dans La vogue en
1886.
Variantes de cette version : v.2, 7, 8, 9, 14. Entre autres variantes intéressantes,
on remarque que Rimbaud a
allégé la ponctuation et supprimé les majuscules en début de
vers.
La date est inconnue, mais cette présentation quelque peu
subversive suggère une date postérieure à "Larme". Voir cette version.
- la version d'"Alchimie du verbe"
Commentaire
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Larme
Loin des oiseaux, des
troupeaux, des villageoises,
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert.
Que pouvais-je boire dans
cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert.
Que tirais-je à la gourde de colocase ?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer.
Tel, j'eusse été mauvaise
enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.
L'eau des bois se perdait
sur des sables vierges,
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares...
Or ! tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire !
Sommaire |
|
Autographe de la collection Pierre
Berès.
Autre version, probablement
postérieure, sans titre, non ponctuée et sans majuscules en début de vers, de
"Larme".
Voir à ce texte.
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Loin
des oiseaux ...
Loin des oiseaux des
troupeaux des villageoises
je buvais à genoux dans quelque bruyère
entourée de tendres bois de noisetiers
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert
Que pouvais-je boire dans
cette jeune Oise
ormeaux sans voix gazon sans fleurs ciel couvert
boire à ces gourdes vertes loin de ma case
claire quelque liqueur d'or qui fait suer
effet mauvais pour une enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel jusqu'au soir
ce furent des pays noirs des lacs des perches
des colonnades sous la nuit bleue des gares
l'eau des bois se perdait
sur les sables vierges
le vent de Dieu jetait des glaçons aux mares
et tel qu'un pêcheur d'or et de coquillages
dire que je n'ai pas eu souci de boire
Sommaire |
| Autographe
donné par Rimbaud à Louis Forain. BNF.
Il existe deux
versions de "La Rivière de Cassis" :
- le manuscrit, daté de mai 1872, qui fut d'abord détenu par
Forain (ci-contre).
- une
version sans titre, qui a servi à l'édition des Illuminations
dans La Vogue en
1886.
Variantes de cette version : v.2, 6, 8 (Attention :
LF, 476, signale deux
variantes erronées aux vers 10 et 15). Entre autres variantes intéressantes,
on remarque que Rimbaud a
allégé la ponctuation et supprimé les majuscules en début de
vers.
La date est inconnue, mais cette présentation quelque peu
subversive suggère une date postérieure à "Larme".
Voir
cette version.
Ce manuscrit a changé de mains lors de la
vente Berès du 20.06.06. Le fac-similé est consultable en format
pdf sur : http://www.bibliorare.com/cat-vent_
beres20-6-06-2-8.pdf
- la version d'"Alchimie du verbe"
Commentaire
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|
La Rivière de Cassis
La Rivière de Cassis roule ignorée
En des vaux
étranges :
La voix de cent corbeaux l'accompagne, vraie
Et bonne
voix d'anges :
Avec les grands mouvements des sapinaies
Quand
plusieurs vents plongent.
Tout roule avec des mystères révoltants
De
campagnes d'anciens temps ;
De donjons visités, de parcs importants :
C'est en
ces bords qu'on entend
Les passions mortes des chevaliers errants :
Mais que
salubre est le vent.
Que le piéton regarde à ces claires-voies :
Il ira plus
courageux.
Soldats des forêts que le Seigneur envoie,
Chers
corbeaux délicieux !
Faites fuir d'ici le paysan matois
Qui trinque
d'un moignon vieux.
Sommaire |
| Autographe de
la collection Pierre Berès.
Version sans titre,
déponctuée et sans majuscules en début de vers de "La
Rivière de Cassis". Voir
à ce texte. |
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La rivière de cassis ...
La rivière de cassis roule ignorée
à des vaux
étranges
la voix de cent corbeaux l'accompagne vraie
et bonne
voix d'anges
avec les grands mouvements des sapinaies
où
plusieurs vents plongent.
Tout roule avec des mystères révoltants
de
campagnes d'ancien temps
de donjons visités de parcs importants
c'est en
ces bords qu'on entend
les passions mortes des chevaliers errants
mais que
salubre est le vent.
Que le piéton regarde à ces
clairevoies
il ira plus
courageux
soldats des forêts que le Seigneur envoie
chers
corbeaux délicieux
faites fuir d'ici le paysan matois
qui trinque
d'un moignon vieux.
Sommaire |
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Autographe donné par Rimbaud
à Louis Forain. BNF.
Il existe trois versions
autographes de "Comédie de la Soif" :
- La première (ci-contre), datée de mai 1872, est celle de
Forain.
- La seconde
porte le
titre "Enfer de la Soif". Probablement postérieur à la version Forain conservée par la
BNF, ce manuscrit est dispersé entre
une collection particulière inconnue et
la Fondation Bodmer (Cologny, près de Genève). SM-IV
en publie pour la première fois le fac-similé complet
(p.366-368).
Quelques variantes
de cette version :
1. v.15 (+ ponctuation : v.7, 10, 11, 19, 20, 21).
2. Sous-titre. v.15 +
ponctuation et majuscules : v.2, 3, 4, 5, 7.
3. Sous-titre. v.3 +
ponctuation et majuscules : v.1, 4, 5, 8, 10, 11.
4. Sous-titre. v.3 +
ponctuation : v.5, 6, 7, 10, 11, 15.
5. Pas de sous-titre. v.6 + ponctuation : v.1, 2, 3,
4, 5, 6, 8.
Voir cette version.
- La troisième est la version sans titre ayant servi à la
publication des Illuminations dans La Vogue, en 1886. Elle
appartient à la collection Pierre Berès. Elle est
probablement postérieure aux deux précédentes.
Principales variantes de cette version :
Les subdivisions numérotées ont disparu.
[1]. v.3 : De la terre (De la lune) ; v.15 : ou le lait (et le
lait) ;
[2]. v.15 : sans gueule (sans gueules) ;
[3]. v.6 : absinthe (Absinthe).
[4]. v.3 : bonne ville (vieille Ville) ; v.7 : si jamais j'ai
(si j'ai jamais) ; v.9 : les pays (le Pays).
Voir cette version
Ce
manuscrit a changé de mains lors de la vente du 20.06.06. Le
fac-similé est consultable en format pdf sur : http://www.bibliorare.com/
cat-vent_beres20-6-06-2-8.pdf
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Comédie de la Soif
1. Les Parents
|
Nous sommes tes Grands-Parents,
Les Grands !
Couverts des froides sueurs
De la lune et des verdures.
Nos vins secs avaient du cœur !
Au soleil sans imposture
Que faut-il à l'homme ? boire. |
| Moi
— Mourir aux fleuves barbares. |
|
Nous sommes tes Grands-Parents
Des champs.
L'eau est au fond des osiers :
Vois le courant du fossé
Autour du Château mouillé.
Descendons en nos celliers ;
Après, le cidre et le lait. |
| Moi
— Aller où boivent les vaches. |
|
Nous sommes tes Grands-Parents ;
Tiens, prends
Les liqueurs dans nos armoires
Le Thé, le Café, si rares,
Frémissent dans les bouilloires.
— Vois les images, les fleurs.
Nous rentrons du cimetière. |
| Moi
— Ah ! tarir toutes les urnes ! |
2. L'Esprit
|
Éternelles Ondines,
Divisez l'eau fine.
Vénus, sœur de l'azur,
Émeus le flot pur.
Juifs errants de Norwège,
Dites-moi la neige.
Anciens exilés chers,
Dites-moi la mer. |
Moi — |
Non, plus ces boissons pures, |
|
Ces fleurs d'eau pour verres ;
Légendes ni figures
Ne me désaltèrent ;
Chansonnier, ta filleule
C'est ma soif si folle
Hydre intime sans gueules
Qui mine et désole. |
3. Les
Amis
|
Viens, les Vins vont aux plages,
Et les flots par millions !
Vois le Bitter sauvage
Rouler du haut des monts !
Gagnons, pèlerins sages,
L'Absinthe aux verts piliers... |
Moi — |
Plus ces paysages. |
|
Qu'est l'ivresse, Amis ?
J'aime autant, mieux, même,
Pourrir dans l'étang,
Sous l'affreuse crème,
Près des bois flottants.
|
4. Le pauvre songe
Peut-être un Soir m'attend
Où je boirai tranquille
En quelque vieille Ville,
Et mourrai plus content :
Puisque je suis patient !
Si mon mal se résigne,
Si j'ai jamais quelque or
Choisirai-je le Nord
Ou le Pays des Vignes ?...
— Ah songer est indigne
Puisque c'est pure perte !
Et si je redeviens
Le voyageur ancien
Jamais l'auberge verte
Ne peut bien m'être ouverte.
5. Conclusion
Les pigeons qui tremblent dans la prairie,
Le gibier, qui court et qui voit la nuit,
Les bêtes des eaux, la bête asservie,
Les derniers papillons !... ont soif aussi.
Mais fondre où fond ce nuage sans guide,
— Oh ! favorisé de ce qui est frais !
Expirer en ces violettes humides
Dont les aurores chargent ces forêts ?
Mai 1872.
Sommaire |
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Autographe divisé entre une collection
particulière inconnue et
la Fondation Bodmer (Cologny, près de Genève).
Autre version, probablement
postérieure, de "Comédie de la soif".
Voir
à ce texte.
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Enfer de la Soif
1. Les parents.
|
Nous sommes tes Grands-Parents,
Les Grands !
Couverts des froides sueurs
De la lune et des verdures.
Nos vins secs avaient du cœur !
Au soleil sans imposture
Que faut-il à l'homme ? boire... |
| Moi
— Mourir aux fleuves barbares. |
|
Nous sommes tes Grands-Parents
Des champs,
L'eau est au fond des osiers ...
Vois le courant du fossé
Autour du Château mouillé.
Descendons en nos celliers ;
Après, le cidre, ou le lait. |
| Moi
— Aller où boivent les vaches. |
|
Nous sommes tes Grands-Parents ;
Tiens, prends
Les liqueurs dans nos armoires ;
Le Thé, le Café, si rares,
Frémissent dans les bouilloires.
— Vois les images, les fleurs.
Nous rentrons du cimetière |
| Moi
— Ah tarir toutes les urnes. |
2. De l'Esprit.
|
Éternelles Ondines,
Divisez l'eau fine ;
Vénus sœur de l'Azur
Émeus le flot pur ;
Juifs errants de Norwège
Dites-moi la neige ;
Anciens Exilés chers
Dites-moi la mer. |
Moi — |
Non, plus ces boissons pures, |
|
Ces fleurs d'eau pour verres ;
Légendes ni figures
Ne me désaltèrent ;
Chansonnier, ta filleule
C'est ma soif si folle
Hydre intime sans gueule
Qui mine et désole. |
3. Des amis.
|
Viens, les Vins vont aux plages ;
Et les flots par millions !
Vois les Bitters sauvages
Rouler du haut des monts.
Gagnons, pèlerins sages
L'Absinthe aux verts piliers... |
Moi — |
Plus ces paysages. |
|
Qu'est l'ivresse, amis ?
J'aime autant, mieux, même,
Pourrir dans l'étang
Sous l'affreuse crème
Près des bois flottants.
|
4. Chanson
Peut-être un Soir m'attend
Où je boirai tranquille
En quelque bonne ville
Et mourrai plus content :
Puisque je suis patient
Si mon mal se résigne
Si j'ai jamais quelque or
Choisirai-je le Nord
Ou le Pays des Vignes ?...
— Ah songer est indigne
Puisque c'est pure perte
Et si je redeviens
Le voyageur ancien
Jamais l'auberge verte
Ne peut bien m'être ouverte
5.
Les pigeons qui tremblent dans la prairie
Le gibier, qui court et qui voit la nuit
Les bêtes des eaux la bête asservie
Les derniers papillons ... ont soif aussi.
Mais fondre où fond ce nuage sans guide !
Ô favorisé de ce qui est frais
Expirer en ces violettes humides
Dont les aurores chargent ces forêts !
A. Rimbaud
Sommaire |
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Autographe de la collection Berès
(aujourd'hui : coll. François-Marie Banier)
Troisième version, probablement
postérieure aux deux précédentes, de "Comédie de la soif".
Voir à ce texte.
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Nous
sommes tes grands-parents ...
|
Nous sommes tes grands-parents
les Grands ;
couverts des froides sueurs
de la terre et des verdures.
Nos vins secs avaient du cœur.
Au soleil sans imposture
que faut-il à l'Homme ? boire... |
| Moi
— Mourir aux fleuves barbares |
|
Nous sommes tes grands-parents
des champs..
L'eau est au fond des osiers ...
vois le courant du fossé
autour du Château mouillé...
descendons en nos celliers :
après, le cidre, ou le lait... |
| Moi
— Aller où boivent les vaches |
|
Nous sommes tes grands-parents :
tiens, prends
les liqueurs dans nos armoires.
Le thé, le café, si rares,
frémissent dans les bouilloires.
Vois les images, les fleurs :
nous rentrons du cimetière... |
| Moi
— Ah ! tarir toutes les urnes |
| |
Éternelles Ondines,
divisez l'eau fine ;
Vénus ! sœur de l'azur,
émeus le flot pur.
Juifs errants de Norwège
dites-moi la neige
anciens Exilés chers
dites-moi la mer... |
|
— |
Non, plus ces boissons pures,
ces fleurs d'eau pour verres ;
légendes ni figures
ne me désaltèrent ;
chansonnier, ta filleule
c'est ma soif si folle ;
hydre intime, sans gueule,
qui mine et désole ! |
| |
Viens ! les Vins vont aux plages,
et les flots par millions !
Vois le bitter sauvage
rouler du haut des monts ; |
| |
gagnons, pèlerins sages,
l'absinthe aux verts piliers... |
|
Moi |
— Plus ces paysages.
Qu'est l'ivresse, amis ?
J'aime autant, mieux, même, pourrir dans l'étang
sous l'affreuse crème près des bois flottants. |
| |
Peut-être un Soir m'attend
où je boirai tranquille en quelque bonne ville, et mourrai plus content : Puisque je suis patient. Si mon mal se résigne,
si jamais j'ai quelque or, choisirai-je le Nord ou les pays des
vignes ?... — Ah ! songer est indigne
puisque c'est pure perte ; et si je redeviens le voyageur ancien
jamais l'auberge verte ne peut bien m'être ouverte.
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Les pigeons qui tremblent dans la prairie ;
le gibier, qui court et qui voit la nuit ; les bêtes des eaux, la bête asservie
; les derniers papillons ; ont soif aussi. Mais fondre où fond ce nuage sans guide
... oh ! favorisé de ce qui soit frais, expirer en ces violettes humides
dont les aurores chargent ces forêts.
Arthur Rimbaud |
Sommaire |
| Autographe donné
par Rimbaud à Forain. Collection Berès.
Il existe trois versions de
"Bonne pensée du matin" :
- La première (ci-contre),
datée de mai 1872, est celle que détenait Louis Forain.
Ce manuscrit a changé de mains lors de la vente Berès du
20.06.06. Le fac-similé est consultable en format pdf sur : http://www.bibliorare.com/cat-vent_
beres20-6-06-2-8.pdf
- La seconde est une
version sans titre, où —
entre autres variantes intéressantes — Rimbaud a
allégé la ponctuation et supprimé les majuscules en début de
vers.
La date est inconnue, mais cette présentation quelque peu
subversive suggère une date postérieure à "Bonne Pensée
du matin".
Variantes de cette version : v.3, 5, 9, 13, 15.
Voir cette version.
- La troisième version est celle d'"Alchimie du verbe".
Commentaire
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Bonne Pensée du matin
À quatre heures du matin, l'été,
Le sommeil d'amour dure encore.
Sous les bosquets, l'aube évapore
L'odeur du soir fêté.
Mais là-bas dans l'immense chantier
Vers le soleil des Hespérides,
En bras de chemise, les charpentiers
Déjà s'agitent.
Dans leur désert de mousse, tranquilles,
Ils préparent les lambris précieux
Où la richesse de la ville
Rira sous de faux
cieux.
Ah ! pour ces Ouvriers charmants
Sujets d'un roi de Babylone,
Vénus ! laisse un peu les Amants
Dont l'âme est
en couronne.
Ô Reine des Bergers !
Porte aux travailleurs l'eau-de-vie,
Pour que leurs forces soient en paix
En attendant le bain dans la mer, à midi.
Sommaire |
| Autographe
appartenant à une collection
particulière.
Version sans titre, non ponctuée
et sans majuscules en début de vers de
"Bonne Pensée du matin". Voir à ce texte.
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À quatre heures du matin... À quatre heures du
matin l'été
le sommeil d'amour dure encore
dans les bosquets l'aube évapore
l'odeur du soir
fêté
Or là-bas dans l'immense chantier
vers le soleil des Hespérides
en bras de chemise les charpentiers
déjà s'agitent
Dans leurs déserts de mousse tranquilles
ils préparent les lambris précieux
où la richesse de la ville
rira sous de faux cieux
Ô pour ces ouvriers charmants
sujets d'un roi de Babylone
Vénus ! laisse un peu les amants
dont l'âme est
en couronne
Ô Reine des Bergers
porte aux travailleurs l'eau-de-vie
pour que leurs forces soient en paix
en attendant le bain dans la mer à midi
Sommaire |
| Autographe daté de mai 1872.
Localisation inconnue.
Il existe deux versions de
"Bannières de mai" :
- la première (ci-contre) est l'autographe donné
par Rimbaud au poète Jean Richepin.
- la seconde, vraisemblablement postérieure (voir
notice), est intitulée "Patience" (ou "Patience...
D'un été").
Elle a servi pour l'édition des Oeuvres complètes par
Vanier. Elle fait aujourd'hui partie de la collection Pierre
Berès.
Principales variantes : le
titre ; v.4, 8, 12, 16 + ponctuation. Voir
cette version.
Au verso de ce manuscrit, Rimbaud a
noté un vers de Marceline Desbordes-Valmore : "Prends-y
garde, ô ma vie absente !"
|
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Bannières
de mai
Aux branches claires des tilleuls
Meurt un maladif hallali.
Mais des chansons spirituelles
Voltigent parmi les groseilles.
Que notre sang rie en nos veines,
Voici s'enchevêtrer les vignes.
Le ciel est joli comme un ange
L'azur et l'onde communient.
Je sors. Si un rayon me blesse
Je succomberai sur la mousse.
Qu'on patiente et qu'on s'ennuie
C'est trop simple. Fi de mes peines.
Je veux que l'été dramatique
Me lie à son char de fortune.
Que par toi beaucoup, ô Nature,
— Ah moins seul et moins nul !
— je meure.
Au lieu que les Bergers, c'est drôle,
Meurent à peu près par le monde.
Je veux bien que les saisons m'usent.
À toi, Nature, je me rends ;
Et ma faim et toute ma soif.
Et, s'il te plaît, nourris, abreuve.
Rien de rien ne m'illusionne ;
C'est rire aux parents, qu'au soleil,
Mais moi je ne veux rire à rien ;
Et libre soit cette infortune.
Sommaire
|
| Autographe de la collection Pierre Berès.
Non-daté.
Autre version,
intitulée "Patience" (ou "Patience...
D'un été"), et probablement
postérieure, de "Bannières de mai". Voir
à ce texte.
|
|
Patience
D'un été
Aux branches claires des tilleuls
Meurt un maladif hallali.
Mais des chansons spirituelles
Voltigent partout les groseilles.
Que notre sang rie en nos veines
Voici s'enchevêtrer les vignes.
Le ciel est joli comme un ange
Azur et onde communient.
Je sors. Si un rayon me blesse,
Je succomberai sur la mousse.
Qu'on patiente et qu'on s'ennuie,
C'est trop simple !... Fi de ces peines !
Je veux que l'été dramatique
Me lie à son char de fortune.
Que par toi beaucoup, ô Nature,
— Ah ! moins nul et moins
seul ! je meure,
Au lieu que les Bergers, c'est drôle,
Meurent à peu près par le monde.
Je veux bien que les saisons m'usent.
À toi, Nature ! je me rends,
Et ma faim et toute ma soif ;
Et, s'il te plaît, nourris, abreuve.
Rien de rien ne m'illusionne ;
C'est rire aux parents, qu'au soleil ;
Mais moi je ne veux rire à rien ;
Et libre soit cette infortune.
Sommaire
|
| Autographe daté de mai 1872.
Localisation inconnue.
Il existe trois versions de
"Chanson de la plus haute Tour" :
- la première (ci-contre) est l'autographe donné
par Rimbaud au poète Jean Richepin.
- la seconde, vraisemblablement postérieure (voir
notice), a servi pour l'édition des Illuminations
dans La Vogue en 1886.
Elle fait aujourd'hui partie de la collection Pierre Berès.
Principales variantes de cette version : Rimbaud
déplace la cinquième strophe pour l'insérer en troisième
position + v.13 (Ah!/Ô) + majuscules et ponctuation. Voir
cette version.
- la troisième est celle d'Alchimie du verbe.
Commentaire
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Chanson
de la plus haute Tour
Oisive jeunesse
À tout asservie,
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie.
Ah ! que le temps vienne
Où les cœurs s'éprennent.
Je me suis dit : laisse,
Et qu'on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t'arrête
Auguste retraite.
J'ai tant fait patience
Qu'à jamais j'oublie ;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.
Ainsi la Prairie
À l'oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D'encens et d'ivraies,
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.
Ah ! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n'a que l'image
De la Notre-Dame!
Est-ce que l'on prie
La Vierge Marie ?
Oisive jeunesse
À tout asservie
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie.
Ah! que le temps vienne
Où les cœurs s'éprennent !
Sommaire
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| Autographe de la collection Pierre
Berès.
Version imprimée de La
Vogue.
Non daté.
Autre version, probablement
postérieure, de "Chanson de la plus haute tour".
Voir
à ce texte.
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|
Chanson
de la plus haute Tour
Oisive jeunesse
À tout asservie,
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie.
Ah! que le temps vienne
Où les cœurs s'éprennent !
Je me suis dit : Laisse,
Et qu'on ne te voie.
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t'arrête,
Auguste retraite.
Ô mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n'a que l'image
De la Notre-Dame :
Est-ce que l'on prie
La vierge Marie ?
J'ai tant fait patience
Qu'à jamais j'oublie.
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.
Ainsi la Prairie
À l'oubli livrée ;
Grandie, et fleurie
D'encens et d'ivraies ;
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.
Oisive jeunesse
À tout asservie,
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie.
Ah! que le temps vienne
Où les cœurs s'éprennent !
Sommaire
|
| Autographe donné
par Rimbaud à Richepin.
Localisation inconnue.
Il existe trois versions de
"L'Éternité" :
- La première (ci-contre), datée de mai
1872, est la version Richepin. Le manuscrit est connu par un
fac-similé de l'édition Messein (1919).
- La seconde, intitulée
"Éternité" (sans article défini), vraisemblablement postérieure (voir
notice), a servi pour l'édition des Illuminations
dans La Vogue en 1886. La localisation actuelle du
manuscrit étant inconnue, on reproduit la version imprimée de La
Vogue.
Principales variantes de cette version :
Rimbaud inverse les strophes 4 et 5 + v.2, 11, 12, 13, 14, 17,
18. Voir
cette version.
- La troisième version est celle d'Alchimie du verbe.
Commentaire
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|
L'Éternité
Elle est retrouvée.
Quoi ? — L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil
Âme sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.
Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.
Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.
Là pas d'espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.
Elle est retrouvée.
Quoi ? — L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.
Sommaire
|
| Autographe.
Manuscrit inconnu. Aurait été
vu par Paul Hartmann en 1957 (SM-I p.766)
Version imprimée de La
Vogue.
Non daté.
Autre version, probablement
postérieure, de "L'Éternité". Voir
à ce texte.
|
|
Éternité
Elle est retrouvée.
Quoi ? L'éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.
Âme sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.
Des humains suffrages,
Des communs élans,
Donc tu te dégages :
Tu voles selon...
Jamais l'espérance,
Pas d'orietur,
Science avec patience...
Le supplice est sûr.
De votre ardeur seule
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.
Elle est retrouvée.
Quoi ? L'éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.
Sommaire
|
| Autographe donné
par Rimbaud à Richepin.
Localisation inconnue.
Il
existe deux versions d' "Âge d'or" :
- La première (ci-contre), datée de
juin 1872, est la version Richepin.
- La seconde, sans doute postérieure (voir
notice), a servi pour l'édition des Illuminations
dans La Vogue en 1886.
Principales variantes :
- cette version ne comporte pas les strophes
4 et 5
- variantes v.2, 3, 11, 22, 33-34 + ponctuation.
Le manuscrit comporte des annotations
marginales de la main de l'auteur :
- en marge de la strophe 3 : "Terque
quaterque" (trois et quatre fois).
- en marge de la strophe 7 : "Pluries"
(plusieurs fois).
- en marge de la strophe 8 : "Indesinenter"
(sans plus jamais s'arrêter).
Ce manuscrit a changé de mains lors de la vente Berès du
20.06.06. Le fac-similé est consultable en format pdf sur : http://www.bibliorare.com/cat-vent_
beres20-6-06-2-8.pdf
Nous avons révisé le texte grâce à
ce fac-similé et opéré de petites modifications par rapport
à La Vogue. Voir
cette version. Attention
! Une coquille de l'édition Forestier (2004) donne "gloire
publique" à la place de "gloire pudique". |
|
Âge d'or
Quelqu'une des voix
Toujours angélique
— Il s'agit de moi —
Vertement s'explique :
Ces mille questions
Qui se ramifient
N'amènent, au fond,
Qu'ivresse et folie ;
Reconnais ce tour
Si gai, si facile :
Ce n'est qu'onde, flore,
Et c'est ta famille !
Puis elle chante. Ô
Si gai, si facile,
Et visible à l'œil nu...
— Je chante avec elle,
—
Reconnais ce tour
Si gai, si facile,
Ce n'est qu'onde, flore,
Et c'est ta famille !...etc...
Et puis une Voix
— Est-elle angélique !
—
Il s'agit de moi,
Vertement s'explique ;
Et chante à l'instant
En sœur des haleines :
D'un ton Allemand,
Mais ardente et pleine :
Le monde est vicieux ;
Si cela t'étonne !
Vis et laisse au feu
L'obscure infortune.
Ô ! joli château !
Que ta vie est claire !
De quel Âge es-tu
Nature princière
De notre grand frère ! etc...
Je chante aussi, moi :
Multiples sœurs ! Voix
Pas du tout publiques !
Environnez-moi
De gloire pudique. etc...
Sommaire
|
| Autographe de la collection Pierre
Berès.
Non daté.
Autre version, probablement
postérieure, d' "Âge d'or". Voir
à ce texte.
|
|
|
Âge d'or
|
|
Quelqu'une des voix,
— Est-elle angélique !
—
Il s'agit de moi,
Vertement s'explique : |
|
Ces mille questions
Qui se ramifient
N'amènent, au fond,
Qu'ivresse et folie. |
|
terque quaterque { |
Reconnais ce tour
Si gai, si facile ;
C'est tout onde et flore :
Et c'est ta famille ! |
|
Et puis une voix
— Est-elle angélique !
—
Il s'agit de moi,
Vertement s'explique ; |
|
Et chante à l'instant
En sœur des haleines ;
D'un ton Allemand,
Mais ardente et pleine : |
|
Le monde est vicieux ;
Tu dis ? tu t'étonnes ?
Vis ! et laisse au feu
L'obscure infortune... |
|
pluriès{ |
O joli château !
Que ta vie est claire !
De quel Age es-tu.
Nature princière
De notre grand frère. |
|
indesinenter { |
Je chante aussi, moi !
Multiples sœurs ; voix
Pas du tout publiques !
De gloire pudique
Environnez-moi. |
Sommaire
|
| Autographe donné
par Rimbaud à Forain.
Collection Pierre Leroy.
Daté du 27 juin 1872.
Le vers 15 de ce poème pose un problème d'édition particulier.
En effet, Rimbaud avait d'abord écrit :
"Même des fantômes des eaux,
errants"
Puis, il a noté en bas de page un vers alternatif :
"Même des esprits des eaux, malfaisants"
On voit clairement sur le manuscrit que c'est le premier éditeur
(Léon Vanier, 1895) qui a barré le premier de ces deux vers, et
par conséquent opéré un choix que Rimbaud avait différé.
|
|
Jeune Ménage
La chambre est ouverte au ciel
bleu-turquin,
Pas de place : des coffrets et des huches !
Dehors le mur est plein d'aristoloches
Où vibrent les gencives des lutins.
Que ce sont bien intrigues de génies
Cette dépense et ces désordres vains !
C'est la fée africaine qui fournit
La mûre, et les résilles dans les coins.
Plusieurs entrent, marraines mécontentes,
En pans de lumière dans les buffets,
Puis y restent ! le ménage s'absente
Peu sérieusement, et rien ne se fait.
Le marié, a le vent qui le floue
Pendant son absence, ici, tout le temps.
Même des esprits des eaux, malfaisants
Entrent vaguer aux sphères de l'alcôve.
La nuit, l'amie oh ! la lune de miel
Cueillera leur sourire et remplira
De mille bandeaux de cuivre le ciel.
Puis ils auront affaire au malin rat.
— S'il n'arrive pas un feu follet blême,
Comme un coup de fusil, après des vêpres.
— Ô Spectres saints et blancs de Bethléem,
Charmez plutôt le bleu de leur fenêtre !
Sommaire |
|
Autographe de la collection
Pierre Leroy.
Daté de juillet 1872.
Steve Murphy, se fondant sur
l'état et la disposition du feuillet contenant ce texte sans
titre, suppose qu'il s'agit de la fin d'un poème dont le début
serait perdu (SM-IV, p.567).
|
|
Est-elle
almée...
Est-elle almée ?... aux premières heures bleues
Se détruira-t-elle comme les fleurs feues...
Devant la splendide étendue où l'on sente
Souffler la ville énormément florissante !
C'est trop beau ! c'est trop beau ! mais c'est nécessaire
— Pour la Pêcheuse et la chanson du Corsaire,
Et aussi puisque les derniers masques crurent
Encore aux fêtes de nuit sur la mer pure !
Sommaire
|
| Autographe de la
collection Pierre Berès.
Date incertaine.
Ce manuscrit a
changé de mains lors de la vente Berès du 20.06.06. Le
fac-similé est consultable en format pdf sur : http://www.bibliorare.com/cat-vent_
beres20-6-06-2-8.pdf
Je tente de respecter, ci-contre, ce qu'on peut voir sur ce
manuscrit, exception faite du titre-incipit qui ne s'y trouve
pas.
Steve Murphy, dans son article "Chantier d'une révolution
poétique : les manuscrits rimbaldiens de la vente Bérès" (Histoires
littéraires n°27), émet des hypothèses susceptibles de
changer la façon traditionnelle d'éditer ce texte :
1) Le mot "Juillet", contre la marge de gauche, a été souligné par
Rimbaud. S.M. en déduit que le poète a, dans un premier temps,
simplement indiqué cette date sur le même plan que les lieux (en
vis à vis, sur la droite), comme une sorte d'en-tête
épistolaire, puis a décidé de faire de "Juillet" le titre du
poème.
2) Il ne s'agirait donc pas nécessairement d'une datation (Rimbaud,
quand il date, le fait en bas du poème) mais plutôt du renvoi à
un événement vécu. La plupart des commentateurs datent cependant
ce texte de juillet 1872 (ou des mois qui suivent, ajoute
prudemment SM). Selon LF, les "similitudes ponctuelles" (voir le
v.5 de "Est-elle almée") et le "traitement semblable des images"
invitent à assigner une date identique à "Plates-bandes d'amaranthes..."
et à "Est-elle almée", texte qui est daté par Rimbaud : "Juillet
1872".
3) Le manuscrit est érodé dans la partie supérieure du bord droit
et laisse voir, à la fin du vers 3, l'attaque d'une lettre. Ce
pourrait être un "P", toujours d'après S.M. qui, compte tenu du
système rimique du quatrain, propose : "Père". Je mentionne
cette hypothèse entre crochets.
|
|
Plates-bandes
d'amarantes...
|
Juillet. |
Bruxelles,
Boulevart du Régent, |
Platebandes d'amaranthes jusqu'à
L'agréable palais de Jupiter.
— Je sais que c'est Toi, qui, dans ces lieux,
P[ère,]
Mêles ton Bleu presque de Sahara !
Puis, comme rose et sapin du soleil
Et liane ont ici leurs jeux enclos,
Cage de la petite veuve !.....
Quelles
Troupes d'oiseaux ! o, ia io, iaio !...
— Calmes maisons, anciennes passions !
Kiosque de la Folle par affection.
Après les fesses des rosiers, balcon
Ombreux et très bas de la Juliette.
— La Juliette, ça rappelle l'Henriette,
Charmante station du chemin de fer,
Au cœur d'un mont, comme au fond d'un verger
Où mille diables bleus dansent dans l'air !
Banc vert où chante au paradis d'orage,
Sur la guitare, la blanche Irlandaise.
Puis, de la salle à manger guyanaise,
Bavardage des enfants et des cages.
Fenêtre du duc qui fais que je pense
Au poison des escargots et du buis
Qui dort ici-bas au soleil.
Et puis
C'est trop beau ! trop ! Gardons notre silence.
—
Boulevart sans mouvement ni commerce,
Muet, tout drame et toute comédie,
Réunion des scènes infinie,
Je te connais et t'admire en silence.
Sommaire
|
| Autographe du
Musée-Bibliothèque Arthur Rimbaud de Charleville. Daté d'août 1872.
Le manuscrit porte
des corrections que les éditions des dernières années du XXe
siècle considéraient à tort comme
allographes alors qu'elles sont de la main de Rimbaud, d'où les
discordances entre AA, JLS, PB, par exemple, et LF (2004) qui
corrige, comme le faisaient les éditions plus anciennes : la
première pléiade, par exemple (ARR, p.138).
Nous signalons entre crochets les
corrections apportées par Rimbaud et en italiques les passages
barrés sur le manuscrit.
Nous préférons
procéder ainsi plutôt que de substituer les unes aux autres. En effet,
les éditions qui corrigent nous semblent butter sur une difficulté
insurmontable au vers 11.
Devant "Les cailloux", on lit,
en marge, dans le manuscrit : "Mangez", d'une même
encre et dans la même écriture qui ont servi pour les
corrections. Sans doute Rimbaud s'est-il rendu compte que la
correction du vers 9 entraînait une incohérence syntaxique :
"les cailloux", primitivement COD de
"paissez", peuvent difficilement devenir un
complément d'objet de "attirez". D'où l'ajout de
"Mangez", qui rétablit la logique mais produit un vers faux.
Il semble que la correction ne soit pas achevée : elle le sera
dans Alchimie du verbe
: "Mangez les cailloux qu'on brise".
LF néglige purement et
simplement cette indication. Mais un éditeur peut-il retenir quatre
corrections et en rejeter une, dès lors que leur authenticité
à toutes est reconnue ; un éditeur peut-il choisir d'éviter un vers
faux au prix d'une incohérence
syntaxique ? ARR insérait le verbe "Mangez" entre
deux vers, comme une sorte de vers supplémentaire : cela reste
étrange et insuffisamment clair, pour le lecteur.
|
|
Fêtes de la faim
Ma faim, Anne, Anne,
Fuis sur ton âne.
|
|
Si
j'ai du goût, ce n'est guères
Que pour la terre et les pierres
Dinn ! dinn ! dinn ! dinn ! Je pais l'air,
Le roc, les terres, le fer. |
[Mangeons l'air]
[les charbons]
|
Tournez,
les faims ! paissez, faims,
Le pré
des sons !
Puis l'humble et vibrant venin
Des
liserons ;
|
[Mes
faims, tournez. Paissez, faims,]
[Attirez le gai venin]
|
Les cailloux qu'un pauvre brise,
Les vieilles pierres d'églises,
Les galets, fils des déluges,
Pains couchés aux vallées grises !
|
[Mangez]
devant "Les cailloux"
|
Mes faims, c'est les bouts d'air noir ;
L'azur sonneur ;
— C'est l'estomac
qui me tire.
C'est le malheur.
|
|
Sur terre ont paru les feuilles :
Je vais aux chairs de fruits blettes.
Au sein du sillon je cueille
La doucette et la violette.
|
|
Ma faim, Anne,
Anne !
Fuis sur ton
âne. |
|
Sommaire
|
Autographe de la
collection Pierre Berès(aujourd'hui
: coll. François-Marie Banier).
Non daté. Steve Murphy hésite entre
1872 et 1873. Voir sur ce point la notice du brouillon
de "Ô saisons, ô châteaux..." et la citation de
Steve Murphy dans notre notice sur Honte.
Remarque 1. Le v.1 n'était pas
répété dans le premier jet, tel qu'on le devine en observant
le manuscrit : le v.3 et le vers final n'ont été insérés
qu'après coup.
Remarque 2. Les trois derniers
distiques, en italiques dans la dactylographie ci-contre, sont
biffés sur le manuscrit. Certaines éditions les reproduisent
entre crochets, d'autres se contentent de les signaler en notes.
Il existe deux autres versions,
celle d'"Alchimie du verbe" et un brouillon très
raturé, présentant des variantes nombreuses et intéressantes.
Voir ce brouillon.
Commentaire
Ce
manuscrit a changé de mains lors de la vente Berès du
20.06.06. Le fac-similé est consultable en format pdf sur : http://www.bibliorare.com/
cat-vent_beres20-6-06-2-8.pdf
|
|
Ô saisons, ô
châteaux ...
Ô saisons, ô châteaux,
Quelle âme est sans défauts ?
Ô saisons, ô châteaux,
J'ai fait la magique étude
Du Bonheur, que nul n'élude.
Ô vive lui, chaque fois
Que chante son coq gaulois.
Mais ! je n'aurai plus d'envie,
Il s'est chargé de ma vie.
Ce Charme ! il prit âme et corps,
Et dispersa tous efforts.
Que comprendre à ma parole ?
Il fait qu'elle fuie et vole !
Ô saisons, ô châteaux !
Et, si le malheur m'entraîne,
Sa disgrâce m'est certaine.
Il faut que son dédain, las !
Me livre au plus prompt trépas !
— Ô Saisons, ô Châteaux !
Quelle âme est sans défauts ?
Sommaire |
| Autographe. Non daté.
Il n'est connu que par un fac-similé publié dans un catalogue
de vente.
Ce brouillon surchargé et raturé de "Ô saisons, ô
châteaux ..." montre des variantes fort intéressantes. Nous proposons une
transcription dactylographique du manuscrit, la plus fidèle
possible. Les passages marqués xxxx ou xxxx
sont illisibles.
La critique admet
traditionnellement l'antériorité de ce document par rapport à
l'autographe de la collection Pierre Berès. La même tradition
critique, influencée par la présence d'une introduction en prose,
considère souvent ce brouillon comme un travail
préparatoire d'Une saison en enfer, ce qui embrouille
fort la question chronologique. En effet, compte tenu des dates
indiquées par Rimbaud pour la rédaction de la Saison (avril-septembre
73), il faudrait conclure que notre poème ne date pas de 1872,
comme le suggère sa parenté stylistique avec les
"chansons spirituelles", mais du printemps 73, au plus
tôt. Sauf à imaginer une gestation d'Alchimie
du verbe beaucoup plus longue et sinueuse que ce que
suggèrent les dates indiquées par Rimbaud (cf. SM-IV, 576-577).
|
|
Ô saisons, ô
châteaux ... (brouillon)
c'est
pour dire que ce n'est rien, la vie
voilà donc les saisons
| xxx saisons,
xxx châteaux, |
En
marge, devant "saisons", et devant
"châteaux" : O |
Où
court où vole où coule |
|
| L' âme
n' est pas sans défauts |
En
marge, devant "L'âme" :
Quelle |
|
|
J'ai fait la magique étude |
|
|
Du Bonheur, que nul n'élude. |
|
|
|
Chaque nuit son coq gaulois |
Au dessus du vers biffé : Je suis à lui chaque
fois |
| Si chante son coq gaulois. |
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xxxxxxxxxxx rien : plus d'envie |
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| Il
s'est chargé de ma vie |
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Ce charme ! il prit âme et corps |
|
| Et
dispersa mes efforts |
En
surcharge : Je me crois libre d'efforts |
|
|
Quoi comprendre à ma parole |
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| Il
fait qu'elle fuie et vole |
|
|
|
Oh ! si le malheur m'entraîne |
|
| Sa
disgrâce m'est certaine |
|
|
|
Il faut que son dédain, las ! |
Au dessus : C'est pour moi
Au dessous : Soit pour moi |
| Me
livre au plus prompt trépas |
|
|
Sommaire |
| Autographe.
Coll. François-Marie Banier
Il existe deux versions de "Mémoire" :
—
La première, chronologiquement parlant, est certainement le
poème intitulé "Famille maudite", manuscrit
révélé par la vente publique du 25 mai 2004. Les majuscules
en début de vers et la nature des variantes existant entre
cette version et le texte intitulé "Mémoire", connu
de longue date, ne laisse aucun doute sur l'antériorité de
"Famille Maudite". La
découverte de ce premier état du poème dans les archives de la famille
Mauté (belle-famille de Verlaine) fait penser que cette
transcription a été réalisée au printemps 72, avant le départ du 7
juillet pour l'Angleterre via la Belgique, puis que le poème a été repris
ultérieurement (de mémoire ?), pour parvenir au texte que nous
connaissons. Voir "Famille
maudite".
—
La seconde est le poème non-daté intitulé
"Mémoire" (ci-contre). On notera l'absence de
majuscules en début de vers. Le manuscrit comporte quelques
surcharges intéressantes :
- Aux v.3 et 5, les mots
"pur" et "Non" sont entourés de légères
parenthèses, parenthèses que l'on retrouve dans la marge, en
vis-à-vis, entourant à deux reprises le mot "(ou)" :
ceci laisse à penser que Rimbaud a envisagé de remplacer ces
monosyllabes par la conjonction de coordination "ou".
- au v.26, "saint lit"
surcharge "sentier".
- au v.29, "pleure" surcharge
"murmure".
- au v.34, Rimbaud a écrit
"mon" au dessus de "canot" puis l'a barré;
il a écrit "mes" au-dessus de "bras" puis
l'a barré.
Commentaire
|
|
Mémoire
I
L'eau claire ; comme le
sel des larmes d'enfance,
l'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ;
la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;
l'ébat des anges ; —
Non... le courant d'or en marche,
meut ses bras, noirs, et lourds, et frais surtout, d'herbe. Elle
sombre, avant le Ciel bleu pour ciel-de-lit, appelle
pour rideaux l'ombre de la colline et de l'arche.
II
Eh ! l'humide carreau tend
ses bouillons limpides !
L'eau meuble d'or pâle et sans fond les couches prêtes.
Les robes vertes et déteintes des fillettes
font les saules, d'où sautent les oiseaux sans brides.
Plus pure qu'un louis, jaune et chaude paupière,
le souci d'eau —
ta foi conjugale, ô l'Épouse ! —
au midi prompt, de son terne miroir, jalouse
au ciel gris de chaleur la Sphère rose et chère.
III
Madame se tient trop
debout dans la prairie
prochaine où neigent les fils du travail ; l'ombrelle
aux doigts ; foulant l'ombelle ; trop fière pour elle
des enfants lisant dans la verdure fleurie
leur livre de maroquin rouge ! Hélas, Lui, comme
mille anges blancs qui se séparent sur la route,
s'éloigne par-delà la montagne ! Elle, toute
froide, et noire, court ! après le départ de l'homme !
IV
Regret des bras épais et
jeunes d'herbe pure !
Or des lunes d'avril au cœur du saint lit ! Joie
des chantiers riverains à l'abandon, en proie
aux soirs d'août qui faisaient germer ces pourritures !
Qu'elle pleure à présent sous les remparts ! l'haleine
des peupliers d'en haut est pour la seule brise.
Puis, c'est la nappe, sans reflets, sans source, grise :
un vieux, dragueur, dans sa barque immobile, peine.
V
Jouet de cet œil d'eau
morne, je n'y puis prendre,
ô canot immobile ! oh ! bras trop courts ! ni l'une
ni l'autre fleur : ni la jaune qui m'importune,
là ; ni la bleue, amie à l'eau couleur de cendre.
Ah ! la poudre des saules qu'une aile secoue !
Les roses des roseaux dès longtemps dévorées !
Mon canot, toujours fixe ; et sa chaîne tirée
au fond de cet œil d'eau sans bords, —
à quelle boue ?
Sommaire
|
| "Famille
maudite", état antérieur du poème intitulé
"Mémoire". Voir ce texte.
Collection particulière
inconnue.
Nous suivons
l'édition procurée par Steve Murphy (Stratégies de Rimbaud,
Champion, 2004).
Les passages entre crochets : [...] indiquent des caractères
rendus indéchiffrables par le mauvais état du manuscrit (déchirures, pliures).
L'absence d'espace entre les quatrains 1 et 2, 5 et 6, 7 et 8, est
conforme au
manuscrit de Rimbaud, sans qu'on en sache la cause.
|
|
d’Edgar
Poe
___
Famille maudite.
L’Eau, —
pure comme le sel des larmes
d’enfance
Ou l’assaut du soleil par les
blancheurs des femmes,
Ou la soie, —
en foule et de lys pur ! —
des oriflammes,
Sous les murs dont quelque Pucelle eut la
défense,
Ou l’ébat des anges, —
le courant
d’or en marche,
L’Eau meut ses bras lourds, noirs,
— et
frais surtout, — d’herbe. Elle,
L’Eau sombre, avant la nuit pour
ciel-de-lit, appelle
Pour rideaux l’ombre de la colline et
de l’arche.
***
Eh ! l’antique matin tend ses réseaux
limpides.
L’air meuble d’or pâle et sans fond
les couches prêtes.
Les robes, — vertes et déteintes,
— des
fillettes
Font les saules d’où sautent les Oiseaux sans brides.
Plus jaune qu’un louis, chaude et
grasse paupière,
Le souci-d’eau, ta foi conjugale, ô
l’Epouse,
De son terne miroir immobile, jalouse
Au ciel gris de chaleur la Sphère rose
et claire !
***
Madame se tient trop debout dans la
prairie
Prochaine où neigent les fils du travail; l’ombrelle
Aux doigts, foulant l’ombelle ; trop fière
pour elle
Des Enfants lisant dans la verdure fl[eurie]
Leur livre de maroquin rouge — Ah ! Lui
[!] comme
Mille Anges blancs qui se quittent au
haut des routes,
Disparaît par delà la montagne ! Elle,
toute
Folle, et noire, court, après le départ
de l’homme !
***
Qu’elle pleure à présent sous les
remparts ! l’haleine
Des peupliers d’en haut est pour la
seule brise.
La voilà nappe, sans reflets, sans
source, grise.
Un vieux, dragueur, dans sa barque
immobile, peine.
Regret des bras épais et jeunes
d’herbe pure !
Or des lunes d’avril au cœur du saint
lit ! Joie
Des chantiers riverains à l’abandon,
en proie
Aux soirs d’août — qui faisaient germer ces pourritures !
***
— Jouet de cet
œ[il] d’eau morne, je n’y
puis prendre
— Ma barque immobile !
et mes bras trop courts ! —
ni l’une
Ni l’autre fleur ; ni la jaune qui
m’importune,
Là, ni la bleue, — amie à l’eau
couleur de cendre.
O la poudre des saules qu’une aile
secoue !
Les roses des roseaux dès longtemps
dévorées!
Mon canot, toujours fixe, et sa chaîne
tirée
Au fond de cet œil d’eau sans borne —
à quelle boue !
R.
Sommaire
|
| Autographe détenu
par Verlaine.
Localisation inconnue.
Non daté. On notera malgré tout
l'absence fréquente de majuscules en début de vers qui suggère
une date ... assez tardive.
|
|
Entends comme brame...
Entends comme brame
près des acacias
en avril la rame
viride du pois !
Dans sa vapeur nette,
vers Phœbé ! tu vois
s'agiter la tête
de saints d'autrefois...
Loin des claires meules
des caps, des beaux toits,
ces chers Anciens veulent
ce philtre sournois...
Or ni fériale
ni astrale ! n'est
la brume qu'exhale
ce nocturne effet.
Néanmoins ils restent,
— Sicile, Allemagne,
dans ce brouillard triste
et blêmi, justement !
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| Autographe de la
collection Pierre Berès.
Non daté.
"Pour les poèmes dits de
1872, nous avons insisté sur l'incertitude concernant les dates
de composition de plusieurs des poèmes, et non des moindres,
des arguments pouvant être avancés en faveur de 1873 pour
certains (principalement "Honte", avec sa référence
à Roche, que Rimbaud ne semble pas avoir visité entre 1870 et
1872 et "Ô saisons..." à cause du brouillon qui
pourrait suggérer que le poème a été composé pour être
inséré dans Une saison en enfer ; les deux hypothèses
restent forcément d'une valeur incertaine)."
Steve Murphy, "Éditer
Rimbaud", AR à l'aube d'un nouveau siècle,
Klincksieck, 2006, p.74.
Ce manuscrit a
changé de mains lors de la vente Berès du 20.06.06. Le
fac-similé est consultable en format pdf sur : http://www.bibliorare.com/cat-vent_
beres20-6-06-2-8.pdf
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Honte
Tant que la lame n'aura
Pas coupé cette cervelle,
Ce paquet blanc, vert et gras
À vapeur jamais nouvelle,
(Ah ! Lui, devrait couper son
Nez, sa lèvre, ses oreilles,
Son ventre ! et faire abandon
De ses jambes ! ô merveille !)
Mais, non, vrai, je crois que tant
Que pour sa tête la lame
Que les cailloux pour son flanc
Que pour ses boyaux la flamme
N'auront pas agi, l'enfant
Gêneur, la si sotte bête,
Ne doit cesser un instant
De ruser et d'être traître
Comme un chat des Monts-Rocheux ;
D'empuantir toutes sphères !
Qu'à sa mort pourtant, ô mon Dieu !
S'élève quelque prière !
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| Autographe de la
collection Pierre Berès.
Non daté. Selon Steve Murphy,
ce poème serait une réplique parodique à "Malines"
de Verlaine (Romances
sans paroles), poème du cycle belge daté d'août 1872. Ce
qui impliquerait évidemment une date de rédaction ultérieure.
Au vers 22, PH, suivi par PB et
LF, lit
"rougissant". Comme AA, nous préférons la lecture : "Rougis et",
qui était celle de la première édition dans La Vogue.
Commentaire
Ce
manuscrit a changé de mains lors de la vente Berès du 20.06.06.
Le fac-similé est consultable en format pdf sur : http://www.bibliorare.com/cat-vent_
beres20-6-06-2-8.pdf
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Michel et Christine
Zut alors si le soleil
quitte ces bords !
Fuis, clair déluge ! Voici l'ombre des routes.
Dans les saules, dans la vieille cour d'honneur,
L'orage d'abord jette ses larges gouttes.
Ô cent agneaux, de
l'idylle soldats blonds,
Des aqueducs, des bruyères amaigries,
Fuyez ! plaine, déserts, prairie, horizons
Sont à la toilette rouge de l'orage !
Chien noir, brun pasteur
dont le manteau s'engouffre,
Fuyez l'heure des éclairs supérieurs ;
Blond troupeau, quand voici nager ombre et soufre,
Tâchez de descendre à des retraits meilleurs.
Mais moi, Seigneur ! voici
que mon Esprit vole,
Après les cieux glacés de rouge, sous les
Nuages célestes qui courent et volent
Sur cent Solognes longues comme un railway.
Voilà mille loups, mille
graines sauvages
Qu'emporte, non sans aimer les liserons,
Cette religieuse après-midi d'orage
Sur l'Europe ancienne où cent hordes iront !
Après, le clair de lune !
partout la lande,
Rougis et leurs fronts aux cieux noirs, les guerriers
Chevauchent lentement leurs pâles coursiers !
Les cailloux sonnent sous cette fière bande !
— Et verrai-je le bois jaune et le val
clair,
L'Épouse aux yeux bleus, l'homme au front rouge,
—
ô Gaule,
Et le blanc agneau Pascal, à leurs pieds chers,
—
Michel et Christine,
— et Christ !
— fin de l'Idylle.
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| Autographe de la
collection Pierre Berès (aujourd'hui :
coll. François-Marie Banier).
Non daté. Certains ont avancé
la date de 1871 à cause du thème (une violence qu'expliquerait
la soif de revanche d'un partisan de la Commune, au lendemain de
la Semaine sanglante). Mais Delahaye le datait de 1872. En
outre, écrit PB, "l'alexandrin en est brisé [...] et
l'inspiration est proche de certaines Illuminations en
prose" (324).
Certaines éditions,
considérant le vers final, amétrique et isolé, comme plus ou
moins indépendant du poème, l'impriment en italique et/ou en
retrait par rapport à la marge : le manuscrit, au contraire,
aligne ce dernier alinéa sur les précédents et n'atteste
aucune différence de graphie.
Ce manuscrit a
changé de mains lors de la vente Berès du 20.06.06. Le
fac-similé est consultable en format pdf sur : http://www.bibliorare.com/cat-vent_beres20-6-06-2-8.pdf
commentaire
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Qu'est-ce
pour nous Mon Cœur...
Qu'est-ce pour nous, Mon Cœur, que les nappes de sang
Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris
De rage, sanglots de tout enfer renversant
Tout ordre ; et l'Aquilon encor sur les débris
Et toute vengeance ? Rien !...
— Mais si, toute encor,
Nous la voulons ! Industriels, princes, sénats,
Périssez ! puissance, justice, histoire, à bas !
Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d'or !
Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur,
Mon esprit ! Tournons dans la Morsure : Ah ! passez,
Républiques de ce monde ! Des empereurs,
Des régiments, des colons, des peuples, assez !
Qui remuerait les tourbillons de feu furieux,
Que nous et ceux que nous nous imaginons frères ?
À nous ! Romanesques amis : ça va nous plaire.
Jamais nous ne travaillerons, ô flots de feux !
Europe, Asie, Amérique, disparaissez.
Notre marche vengeresse a tout occupé,
Cités et campagnes !
— Nous serons écrasés !
Les volcans sauteront ! et l'océan frappé...
Oh ! mes amis !
—
mon cœur, c'est sûr, ils sont des frères
—,
Noirs inconnus, si nous allions ! allons ! allons !
Ô malheur ! je me sens frémir, la vieille terre,
Sur moi de plus en plus à vous ! la terre fond,
Ce n'est rien ! j'y suis ! j'y suis toujours.
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| Texte publié dans La
Renaissance littéraire et artistique du 14 septembre 1872.
Pas de manuscrit connu.
Non daté. PB suppose ces vers
contemporains de "La rivière de Cassis" (à cause du
thème des
corbeaux). LF (p.482) pense à une date très antérieure
("leur métrique, leur sujet rend vraisemblable de
rattacher ces vers à la période 1870-1871"). SM-IV
(p.89), au contraire, se demande si Rimbaud n'aurait pas adopté
volontairement un style quelque peu anachronique pour complaire
à Émile Blémont, directeur de La Renaissance littéraire,
revue créée fin avril 72. Celui-ci rechignait semble-t-il à
publier Voyelles et Rimbaud, furieux contre lui comme
l'atteste la lettre de jumphe 72,
n'en aurait pas moins essayé de forcer le barrage en écrivant
un texte plus conventionnel.
Commentaire
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Les Corbeaux
Seigneur, quand
froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angelus se sont tus...
Sur la nature défleurie
Faites s'abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.
Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez- vous !
Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d'avant-hier,
Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !
Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne,
Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.
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