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Barbare (Les Illuminations, 1873-1875)

 



Arthur Rimbaud, Barbare, manuscrit autographe.
 

 

  
   Le poème projette d'abord le lecteur à la fin des temps, dans un au-delà du monde. Là, dans un décor "arctique", Rimbaud dépose un objet improbable et répugnant, destiné à sidérer son lecteur : Le pavillon en viande saignante ... Cette vision sanglante s'associe, dans la suite du texte, à celle d'une éruption volcanique aux proportions gigantesques qui provoque, chez l'énonciateur du poème, un sentiment mélangé de stupeur et de douce euphorie. 
   Quel sens donner à cette allégorie ? Le "chaos de glace et de nuit du pôle" apparaît dans plusieurs illuminations comme le théâtre de la bataille amoureuse ("Dévotion", "Métropolitain") ou l'horizon à conquérir ("Après le Déluge"). Le volcan en éruption, ainsi que le déluge et autres visions d'apocalypse, est souvent convoqué par Rimbaud pour figurer l'explosion révolutionnaire. D'où la notion de plaisir : extase de l'orgasme, vertige de l'émeute, exaltation de la conquête, mystique du sacrifice. "Barbare" est un véritable condensé de mythologie rimbaldienne. Le poète y propose une allégorie polysémique, sujette à interprétations érotiques, politiques ou mystiques tout à la fois. Le "pavillon en viande saignante" semble y être l'emblème inquiétant et fascinant de l'Inconnu. C'est-à-dire l'Absolu, ou, mieux, le Bonheur absolu
, décliné dans tous les registres de l'espérance humaine : désir d'amour, désir de révolution, désir de salut. 
   Resterait à se demander si l'on est ici dans la répétition pure et simple de cette épopée de la quête utopique, motif central de l'autofiction rimbaldienne, si la passion de l'absolu constitue encore pour le Rimbaud de 1873-1874 une utopie désirable ou si, au contraire, elle n'est pas devenue pour lui ce mal mystérieux évoqué par le texte, dont on se voudrait "remis" mais "qui nous attaque encore le cœur et la tête".

   >>> Panorama critique

   >>>
Barbare : l'extase rouge ou l'horreur sublime.
        
Commentaire (2007).

   >>> Barbare : un adieu au drapeau ? Note de
          lecture sur l'article d'Yves Reboul : "Barbare ou
          l'œuvre finale" (2010), suivie d'une réponse de
          l'auteur.