|
folio |
TRAITS DE
SÉPARATION
|
PAPIER |
|
1 |
« Après le
Déluge »
____________
|
V |
11x11,5 |
|
2 |
« Enfance I-II » |
V |
13x20 |
|
3 |
« Enfance II-III » |
V |
13x20 |
|
4 |
« Enfance IV-V » |
V |
13x20 |
|
5 |
« Enfance V »
____________
« Conte »
|
V |
13x20 |
|
6 |
« Parade » |
V |
13x20 |
|
7 |
« Antique »
« Being Beauteous »
« xxx. » |
V |
13x20 |
|
8 |
__________
« Vies I-II »
|
V |
13x20 |
|
9 |
« Vies III »
____________
« Départ »
« Royauté » |
V |
13x20 |
|
10 |
____________
« À une Raison »
« Matinée
d’ivresse » |
V |
13x20 |
|
11 |
« Matinée
d’ivresse »
« Phrases » |
V |
13x20 |
|
12 |
« Phrases » |
V |
13x12 |
|
13 |
« Ouvriers » |
V |
13x20 |
|
14 |
« Ouvriers »
« Ville »
« Ornières » |
V |
13x20 |
|
|
folio |
TRAITS DE
SÉPARATION
|
PAPIER |
|
15 |
« Villes » (« Ce
sont des villes... ») |
V |
13x20 |
|
16 |
« Villes » (« Ce
sont des villes... »)
« Vagabonds »
« Villes »
(« L’acropole officielle ») |
V |
13x20 |
|
17 |
« Villes »
(« L’acropole officielle... ») |
V |
13x20 |
|
18 |
« Veillées I »
___
« II »
___
|
NV |
10x15 |
|
19 |
« Veillées III »
___________
« Mystique »
« Aube » |
V |
13x20 |
|
20 |
« Aube »
« Fleurs » |
V |
13x20 |
|
21
(recto)
22 (verso) |
« Nocturne
vulgaire »
____________
« Marine »
–/–/–/–/–/–/–
« Fête d’hiver »
–/–/–/–/–/–/–
|
V |
9,5x16 |
|
23 |
____________
« Angoisse »
____________
« Métropolitain » |
V |
13x20 |
|
24 |
« Métropolitain »
« Barbare » |
V |
13x20 |
|
|
folio |
TRAITS DE
SÉPARATION
|
PAPIER |
|
|
« Promontoire »

|
NV |
15x15 |
|
|
« Scènes »
[ _________ ] |
NV |
15x20 |
|
|
« Soir
historique »
|
NV |
15x20 |
|
|
« Mouvement »
–/–/–/–/–/–/– |
? |
? |
|
|
« Bottom »
–/–/–/–/–/–/–
« H »
–/–/–/–/–/–/– |
? |
? |
|
? |
« Dévotion »
? |
? |
? |
|
? |
« Démocratie »
?
|
? |
? |
|
I |
« Fairy »
–/–/–/–/–/–/–
|
NV |
15x10 |
|
II |
« Guerre »
_____________
|
NV |
15x5 |
|
III |
« Génie »

|
V bleu |
13 X 20,5 + 11,2 |
|
IV |
« Jeunesse I »
–/–/–/–/–/–/–
|
V bleu |
13x9,5 |
|
|
« II »
–/–/–/–/–/–/–
« III »
« IV »
____________
|
NV |
15x20 |
|
V |
« Solde »
–/–/–/–/–/–/– |
NV |
15x20 |
|
|
QUELQUES
CONCLUSIONS
ET
HYPOTHÈSES |
1) La régularité des traits de séparation
biffés, en fin
de poème, suggère qu'ils ont fait partie d'un système consistant à
marquer d'un trait la transition d'un texte à un autre. Après quoi Rimbaud aura
jugé cet artifice inutile, la présence de titres en tête de chaque
texte étant largement suffisante à les autonomiser. La pratique
n'est pas la même dans la partie paginée du manuscrit où ces traits
de
séparation sont plus rares et semblent avoir plutôt pour
fonction de
délimiter des ensembles au sein du recueil. La
localisation insolite de certains d'entre eux en tête de
page conforte une telle hypothèse. Mais la question est
délicate à trancher. Nous y reviendrons plus loin.
2) Tout
prouve donc que Rimbaud, à un moment donné, a cessé de placer des
traits à la fin de chacun de ses textes et que ce moment a sans
doute coïncidé avec celui où il passe du papier non vergé de 15 x 20
cm au papier vergé de 13 x 20. Comme Jacques Bienvenu l'a indiqué,
ce moment ne peut être situé qu'au début de l'année 1875. Mais,
corrélativement, le simple fait que les deux manières successives
coexistent dans le manuscrit prouve que Rimbaud n'a pas eu le temps
de recopier, en janvier-février 1875, la totalité de ses textes.
Voir sur ce point la page de ce site intitulée
Pourquoi la pagination du manuscrit
des Illuminations s'arrête-t-elle à « Barbare ? ».
C'est probablement au moment de réviser
une dernière fois son œuvre en janvier-février 1875 que Rimbaud a
décidé de nettoyer de leurs traits séparateurs première manière,
pour le moins en les biffant, les
feuillets encore non recopiés.
3) Dans
la partie paginée du recueil confectionnée en janvier-février 1875,
les traits de séparation semblent destinés à délimiter des ensembles de textes :
-
Les
séries « Enfance » et «Vies » sont enserrées entre deux traits.
-
De
ce fait, les textes allant de « Conte » au f° 7 se trouvent eux
aussi entre deux traits, ce qui pourrait être justifié par des
thématiques auto ou homoérotiques convergentes.
-
Le
trait situé en tête du f°10 invite à considérer comme un
ensemble les poèmes « Départ » et « Royauté ». Il
semble pourtant difficile d'établir une continuité entre deux
textes dont le premier célèbre le « départ », en général, tandis
que le second semble recueillir et transposer le souvenir d'une
anecdote particulière de la vie de l'auteur.
-
La
série « Veillées » est ponctuée par un trait final mais on ne
constate un pareil trait ni à la fin du f° 17, ni en tête du
f° 18.
-
Passé le trait qui suit «Veillées III », il faut attendre la
ponctuation finale de « Nocturne vulgaire » pour en trouver un
autre. Mais, dans ce cas aussi, on peut déceler une certaine
convergence thématique, autour de l'atmosphère nocturne, du rêve
et du merveilleux, entre les textes corrélés. Par parenthèse,
cette dernière remarque pèse d'un poids décisif en faveur de
l'attribution à Rimbaud de l'agencement des folios 1-24. La
principale différence entre ces folios publiés dans les numéros
5-6 de La Vogue et les suivants réside dans leur
papier. Les vingt feuillets de papier vergé de 13x20 cm que
contenait le dossier ont tous été publiés dans ces numéros
initiaux. Les manuscrits de publication ultérieure sont faits
d'un papier non vergé de format différent (15x20 cm) ou du
papier bleu propre à « Génie » et « Dimanche ». Conclusion : le
hasard n'est pour rien dans l'ordre du recueil, quelqu'un a bien
choisi de placer en tête ces vingt manuscrits faits d'un papier
de qualité supérieure et à l'écriture particulièrement soignée.
D'Orfer et Kahn sans doute. Mais ici surgit une difficulté
insurmontable pour ceux qui dénient à Rimbaud la paternité de
l'agencement et de la pagination du recueil. Que la présence d'« Après le Déluge »
en ouverture du recueil résulte d'un choix d'éditeur, cela
pourrait se comprendre. La chose s'expliquerait assez, malgré le
caractère insolite du support papier, par le potentiel
thématique du poème. Mais pour quelle raison
d'Orfer et Kahn auraient-ils inséré, parmi les calligraphies
initiales, un texte à l'établissement aussi problématique que
« Nocturne vulgaire » et inclus dans leur pagination un recto-verso au format et à l'apparence aussi
atypiques que le
folio 21-22 ? Cette décision ne peut s'expliquer que par la
volonté de suggérer un lien thématique, au demeurant assez
subtil et ténu, entre plusieurs pièces d'inspiration onirique et
nocturne (un lien que Fénéon n'a pas vu puisqu'il éparpille ces
textes dans son édition d'octobre 1886). Cette volonté ne peut
être imputée qu'à Rimbaud. Que ce soient d'Orfer ou Kahn qui
aient préparé les numéros 5 et 6 de La Vogue (Fénéon est,
évidemment, exclu, voir dans ce site la page « Les
“chiffons volants” de M. Fénéon »), la présence
en ce lieu de « Nocturne vulgaire » montre qu'ils ont suivi un ordre indiqué par
l'auteur.
-
Il
est bizarre qu'« Angoisse » se retrouve isolé entre deux traits,
alors que ce texte, de par sa fin
cataclysmique et le rôle qu'y joue, comme dans « Métropolitain »
et « Barbare », une mystérieuse entité féminine (« la Vampire qui nous
rend gentils »), me paraît pouvoir se raccorder aisément à l'ensemble
« Métropolitain - Barbare » enserré par les séparateurs suivants.
4)
Venons-en, pour terminer, aux exceptions notables dans la dernière
partie du manuscrit. L'absence de séparateurs biffés entre « Jeunesse III et IV » et à la fin de
« Soir historique », comme la présence d'un trait non biffé à la fin
de « Jeunesse IV » (c'est-à-dire à la fin de la série « Jeunesse »),
laissent supposer que la transcription de ces poèmes s'est réalisée, elle aussi,
à une époque tardive – contemporaine de la mise au net de
janvier-février 1895 sur papier vergé ou immédiatement antérieure.
Le petit trait non biffé qui semble ponctuer « Guerre », sur son
ruban de 5 cm de hauteur retranché du manuscrit de « Promontoire »,
pourrait-il relever d'un même type d'explication, voire marquer
l'achèvement d'un cycle de la guerre contre l'ordre bourgeois,
susceptible d'englober tout ou partie des poèmes qui précèdent dans
la troisième colonne du tableau ?
Malgré
les quelques sources de perplexité mentionnées, l'affectation aux
traits de séparation d'une fonction de marqueurs pour les séries
numérotées et certains « ensembles » thématiques se révèle
être une hypothèse assez convaincante, Telle pourrait bien avoir
été, en effet, l'option finale de Rimbaud, pour rendre visible
l'organisation interne du recueil, un peu comme il l'avait fait dans
Une saison en enfer.
26/04/2025 |