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POÈMES ZUTIQUES ET PARA-ZUTIQUES


     Les pièces rassemblées sous l'appellation "poèmes zutiques" sont les contributions de Rimbaud à l'Album zutique, œuvre collective du "cercle zutique", groupe de poètes anti-conformistes créé en octobre 1871 à Paris et auquel participèrent notamment Verlaine et Rimbaud. La confection de l'Album date "probablement de la période octobre 1871-fin 1871 ou début 1872" (SM-IV,548). 
     Il s'agit d'un recueil à intention essentiellement parodique, ce qui explique la mention fréquente, en tête ou à la fin du poème, du nom de l'auteur et/ou du titre de l'œuvre parodiés.
     Nous ne reproduisons pas deux textes mutilés au point d'être illisibles que certaines éditions proposent sous les appellations : "Fragment" ("Mais enfin ...") et "Bouts-rimés".
     Les éditeurs adoptent généralement le même ordre de succession. Celui où se trouvent les autographes rimbaldiens dans le volume manuscrit, de trente pages numérotées, qui fut la possession du poète Charles Cros avant de passer entre les mains de divers collectionneurs. Nous suivons ce principe, en intercalant seulement une seconde version pour le "Sonnet du trou du cul".
      L'Album zutique fait aujourd'hui partie de la collection Latécoère. Pascal Pia en a donné une édition intégrale en fac-similé, en 1961.

     Les trois derniers poèmes de la série ne figurent pas sur l'Album zutique, mais on peut les regrouper avec les précédents de par leur communauté d'inspiration, licencieuse et parodique. 







L'enfant qui ramassa les balles...
Les anciens animaux...
Nos fesses ne sont pas les leurs...

 


Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Il existe plusieurs versions de ce sonnet :
- la première (ci-contre) est celle du volume manuscrit. "L'idole" n'est pas le titre, mais une indication de l'œuvre parodiée : L'idole, recueil de "blasons" d'Albert Mérat.
- SM-IV, 548, en signale plusieurs autres et publie le fac-similé d'une copie de Verlaine datant des années 1880, qui a servi à Messein pour Hombres de Verlaine. Ce manuscrit précise en marge que Verlaine est l'auteur des quatrains, tandis que Rimbaud a rédigé les tercets.
 
Variantes notables :v.3, 4, 6, 8, 9, 14. Voir ce texte.

Commentaire

L'Idole

Sonnet du Trou du Cul

Obscur et froncé comme un œillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d'amour qui suit la fuite douce
Des Fesses blanches jusqu'au cœur de son ourlet.
 
Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse
Pour s'aller perdre où la pente les appelait.
 
Mon Rêve s'aboucha souvent à sa ventouse ;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.
 
C'est l'olive pâmée, et la flûte câline ;
C'est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos !

Albert Mérat
P.V - A.R.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Autre version du "Sonnet du trou du cul" (copie Verlaine). Voir ce texte.

On a tenté de donner un équivalent dactylographique de la présentation du manuscrit.

Le Sonnet du Trou du Cul

par Arthur Rimbaud et Paul Verlaine

En forme de parodie d'un volume d'Albert Mérat, intitulé l'Idole, où sont détaillées toutes les beautés d'une dame : "Sonnet du front, Sonnet des yeux, Sonnet des fesses, sonnet du ... dernier sonnet .

Paul
Verlaine
fecit.
P.V.
{ Obscur et froncé comme un œillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d'amour qui suit la pente douce
Des fesses blanches jusqu'au bord de son ourlet.
 
Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous l'autan cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse,
Pour s'en aller où la pente les appelait.
Rimbaud
invenit.
{
Ma bouche s'accoupla souvent à sa ventouse [;]
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.
 
C'est l'olive pâmée, et la flûte câline ;
C'est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs éclos !

Paul Verlaine                         

 

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Il est difficile de savoir si Rimbaud a écrit "balançoires" ou "balançoirs". Le "s" bouclé qu'on lit sur le manuscrit pourrait être un "es". Depuis un article de J.P. Chambon ("Pour un inventaire des particularismes lexicaux dans l'œuvre et la correspondance de Rimbaud", Rimbaud 1891-1991, Champion, 1994), les éditeurs optent pour "balançoirs".

Lys


Ô balançoirs ! ô lys ! clysopompes d'argent !
Dédaigneux des travaux, dédaigneux des famines !
L'aurore vous emplit d'un amour détergent !
Une douceur de ciel beurre vos étamines !

                                           Armand Silvestre

                                                   A. R.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Comme pour le "Sonnet du trou du cul", il faut distinguer le titre de l'ouvrage parodié (Les Lèvres closes, de Léon Dierx) et, au-dessous, le titre du poème. Sur le manuscrit le surtitre "Les lèvres closes" est écrit en lettres sensiblement plus petites que le titre du poème.

       Les Lèvres closes

             Vu à Rome

Il est, à Rome, à la Sixtine,
Couverte d'emblèmes chrétiens,
Une cassette écarlatine
Où sèchent des nez fort anciens :

Nez d'ascètes de Thébaïde,
Nez de chanoines du Saint Graal
Où se figea la nuit livide,
Et l'ancien plain-chant sépulcral.

Dans leur sécheresse mystique,
Tous les matins, on introduit
De l'immondice schismatique
Qu'en poudre fine on a réduit.

                                 Léon Dierx
                                     A.R.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Fête galante

Rêveur, Scapin
Gratte un lapin
Sous sa capote.

Colombina,
Que l'on pina !
Do, mi, tapote

L'œil du lapin
Qui tôt, tapin,
Est en ribote...

Paul Verlaine
    A.R.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Sur le manuscrit, ce poème est inscrit immédiatement au dessus de "Je préfère sans doute ...", sur le même feuillet, dans une disposition identique, ce qui laisse à penser qu'il représente lui aussi une parodie de François Coppée. Rimbaud n'a pas jugé utile d'indiquer deux fois le nom de Coppée ni de signer lui-même à la fin de deux poèmes successifs parodiant le même auteur.

Le manuscrit est orné, dans la marge de droite, de trois dessins illustrant naïvement le poème. Le premier dessin (en haut) représente une silhouette fumant la pipe, le second une rixe (entre le narrateur et le prêtre ?), le troisième divers personnages fumant la pipe dans un wagon.

          J'occupais un wagon de troisième...


J'occupais un wagon de troisième ; un vieux prêtre
Sortit un brûle-gueule et mit à la fenêtre,
Vers les brises, son front très calme aux poils pâlis.
Puis ce chrétien, bravant les brocards impolis,
S'étant tourné, me fit la demande énergique
Et triste en même temps d'une petite chique
De caporal, ayant été l'aumônier-chef
D'un rejeton royal condamné derechef ;
Pour malaxer l'ennui d'un tunnel, sombre veine
Qui s'offre aux voyageurs, près Soissons, ville d'Aisne.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.
               Je préfère sans doute ...

Je préfère sans doute, au printemps, la guinguette
Où des marronniers nains bourgeonne la baguette,
Vers la prairie étroite et communale, au mois
De mai. Des jeunes chiens rabroués bien des fois
Viennent près des Buveurs triturer des jacinthes
De plate-bande. Et c'est, jusqu'aux soirs d'hyacinthe,
Sur la table d'ardoise où, l'an dix-sept cent vingt,
Un diacre grava son sobriquet latin
Maigre comme une prose à des vitraux d'église,
La toux des flacons noirs qui jamais ne les grise.

                                                 François Coppée.
                                                         A. R.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

commentaire

          L'Humanité chaussait ...

L'Humanité chaussait le vaste enfant Progrès.
 
                                  Louis-Xavier de Ricard.
                                                 A. Rimbaud.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Première pièce des "Conneries".

Les poèmes intitulés "Jeune Goinfre", "Paris" et "Cocher ivre" sont placés sous les titres "Conneries" et "Conneries, 2e série". Rimbaud semble avoir eu l'intention de constituer sous cette appellation deux séries de sonnets en vers courts. Les hasards de l'élaboration de l'Album l'ont sans doute empêché de mener à terme sa "2e série" qui ne contient que "Cocher ivre". Des textes d'autres auteurs complètent les deux feuillets contenant ces trois pièces.

Jeune Goinfre

Casquette,
De moire,
Quéquette
D'ivoire,

Toilette
Très noire,
Paul guette
L'armoire,

Projette
Languette
Sur poire,

S'apprête,
Baguette,
Et foire.

           A. R.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Deuxième pièce des "Conneries" : voir "Jeune Goinfre".

commentaire

              Paris

Al. Godillot, Gambier,
Galopeau, Wolf-Pleyel,
Ô Robinets ! Menier,
Ô Christs ! Leperdriel !

Kinck, Jacob, Bonbonnel !
Veuillot, Tropmann, Augier !
Gill, Mendès, Manuel,
Guido Gonin ! Panier

Des Grâces ! L'Hérissé !
Cirages onctueux !
Pains vieux, spiritueux !

Aveugles ! puis, qui sait ?
Sergents de ville, Enghiens
Chez soi. Soyons chrétiens !

                                         A. R.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Troisième pièce des "Conneries" : voir "Jeune Goinfre".

 

Cocher ivre

Pouacre
Boit :
Nacre
Voit :

Acre
Loi,
Fiacre
Choit !

Femme
Tombe :
Lombe

Saigne :
Clame !
Geigne.

        A. R.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Une écriture en minuscules agrandies et plus appuyées met en relief la date du 18 mars dans le manuscrit. Nous rendons cet effet par des caractères gras en italiques.

             Vieux de la vieille !

Aux paysans de l'empereur !
À l'empereur des paysans !
          Au fils de Mars,
          Au glorieux 18 mars !
Où le ciel d'Eugénie a béni les entrailles !

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.
                    État de siège ?

Le pauvre postillon, sous le dais de fer blanc,
Chauffant une engelure énorme sous son gant,
Suit son lourd omnibus parmi la rive gauche,
Et de son aine en flamme écarte la sacoche.
Et, tandis que, douce ombre où des gendarmes sont,
L'honnête intérieur regarde au ciel profond
La lune se bercer parmi la verte ouate,
Malgré l'édit et l'heure encore délicate,
Et que l'omnibus rentre à l'Odéon, impur
Le débauché glapit au carrefour obscur !

                                                            François Coppée.
                                                                    A.R.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.
                    Le Balai

C'est un humble balai de chiendent, trop dur
Pour une chambre ou pour la peinture d'un mur.
L'usage en est navrant et ne vaut pas qu'on rie.
Racine prise à quelque ancienne prairie
Son crin inerte sèche : et son manche a blanchi.
Tel un bois d'île à la canicule rougi.
La cordelette semble une tresse gelée.
J'aime de cet objet la saveur désolée
Et j'en voudrais laver tes larges bords de lait,
Ô Lune où l'esprit de nos Sœurs mortes se plaît.

                                                                F. C.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Un léger trait de plume, à la fin du mot "exil", a fait penser à Jean-Luc Steinmetz que le titre de ce poème devait être mis au pluriel (JLS, Poésies, 203, 276). Les autres éditeurs conservent le singulier.

                                          Exil

....................................................................
Que l'on s'intéressa souvent, mon cher Conneau !...
Plus qu'à l'Oncle Vainqueur, au Petit Ramponneau !...
Que tout honnête instinct sort du Peuple débile !..
Hélas ! Et qui a fait tourner mal votre bile !...
Et qu'il nous sied déjà de pousser le verrou
Au Vent que les enfants nomment Bari-Barou !...
..................................................................

                    Fragment d'une épître en vers de Napoléon III, 1871.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.
          L'Angelot maudit

Toits bleuâtres et portes blanches
Comme en de nocturnes dimanches,

Au bout de la ville, sans bruit
La Rue est blanche, et c'est la nuit.

La Rue a des maisons étranges
Avec des persiennes d'Anges.

Mais, vers une borne, voici
Accourir, mauvais et transi,

Un noir Angelot qui titube,
Ayant trop mangé de jujube.

Il fait caca : puis disparaît :
Mais son caca maudit paraît,

Sous la lune sainte qui vaque,
De sang sale un léger cloaque !

                            Louis Ratisbonne.

                                 A. Rimbaud.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

v.8  D'anciennes éditions donnent "Tibet" pour "Filet". Il s'agit d'une erreur de lecture. D'après Steve Murphy (SM-IV, 40), le mot désignerait des latrines publiques bien connues (d'où la majuscule) comme lieu fréquenté par des homosexuels.

                         Les soirs d'été...

Les soirs d'été, sous l'œil ardent des devantures
Quand la sève frémit sous les grilles obscures
Irradiant au pied des grêles marronniers,
Hors de ces groupes noirs, joyeux ou casaniers,
Suceurs du brûle-gueule ou baiseurs du cigare,
Dans le Kiosque mi-pierre étroit où je m'égare,
Tandis qu'en haut rougeoie une annonce d'Ibled,
Je songe que l'hiver figera le Filet
D'eau propre qui bruit, apaisant l'onde humaine,
Et que l'âpre aquilon n'épargne aucune veine.
 
                                                     François Coppée.
                                                            A. Rimbaud.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

               Aux livres de chevet...

Aux livres de chevet, livres de l'art serein.
Obermann et Genlis, Ver-Vert et le Lutrin,
Blasé de nouveauté grisâtre et saugrenue,
J'espère, la vieillesse étant enfin venue,
Ajouter le Traité du Docteur Venetti.
Je saurai, revenu du public abêti,
Goûter le charme ancien des dessins nécessaires.
Ecrivain et graveur ont doré les misères
Sexuelles : et c'est, n'est-ce-pas, cordial :
Dr Venetti, Traité de l'Amour conjugal.

                                          François Coppée.
                                                 A. R.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

Les éditions ne respectent pas toujours la présentation très particulière du manuscrit, où Rimbaud utilise un jeu de traits et lignes pointillées pour séparer diverses citations. Ce texte est en effet un florilège de tournures imagées, artificielles et grandiloquentes, extraites des œuvres du poète bonapartiste Belmontet (comme l'indique la préposition "ex" : "ex Belmontet"). Rimbaud se permet parfois de modifier très légèrement ces citations pour en accentuer le ridicule, mais surtout il les isole de leur contexte, ce qui produit l'effet d'un galimatias. Nous essayons de conserver dans notre transcription la mise en page du manuscrit.

Une malencontreuse coquille chez PB, p.312, donne "spectre" à la place de "sceptre".

Hypotyposes saturniennes, ex Belmontet.


Quel est donc ce mystère impénétrable et sombre ?
Pourquoi, sans projeter leur voile blanche, sombre
               Tout jeune esquif royal gréé ?

Renversons la douleur de nos lacrymatoires.

........................................................................

L'amour veut vivre aux dépens de sa sœur,
L'amitié vit aux dépens de son frère.
.............................................................
Le sceptre, qu'à peine on révère,
N'est que la croix d'un grand calvaire 
Sur le volcan des nations !


...............................................................................
Oh ! l'honneur ruisselait sur ta mâle moustache.

Belmontet
archétype Parnassien.

..........

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

               Remembrances du vieillard idiot


Pardon, mon père !
                           Jeune, aux foires de campagne,
Je cherchais, non le tir banal où tout coup gagne,
Mais l'endroit plein de cris où les ânes, le flanc
Fatigué, déployaient ce long tube sanglant
Que je ne comprends pas encore !...
                                                  Et puis ma mère,
Dont la chemise avait une senteur amère
Quoique fripée au bas et jaune comme un fruit,
Ma mère qui montait au lit avec un bruit
Fils du travail pourtant, ma mère, avec sa cuisse
De femme mûre, avec ses reins très gros où plisse
Le linge, me donna ces chaleurs que l'on tait !...

Une honte plus crue et plus calme, c'était
Quand ma petite sœur, au retour de la classe,
Ayant usé longtemps ses sabots sur la glace,
Pissait, et regardait s'échapper de sa lèvre
D'en bas serrée et rose, un fil d'urine mièvre !...

Ô pardon !
               Je songeais à mon père parfois :
Le soir, le jeu de carte et les mots plus grivois,
Le voisin, et moi qu'on écartait, choses vues...
Car un père est troublant ! et les choses conçues !...
Son genou, câlineur parfois ; son pantalon
Dont mon doigt désirait ouvrir la fente... oh ! non !
Pour avoir le bout gros, noir et dur de mon père,
Dont la pileuse main me berçait !...
                                                Je veux taire
Le pot, l'assiette à manche, entrevue au grenier,
Les almanachs couverts en rouge, et le panier
De charpie, et la Bible, et les lieux, et la bonne,
La Sainte-Vierge et le crucifix...
                                            Oh ! personne
Ne fut si fréquemment troublé, comme étonné !
Et maintenant, que le pardon me soit donné :
Puisque les sens infects m'ont mis de leurs victimes,
Je me confesse de l'aveu des jeunes crimes !...
........................................................................
Puis ! qu'il me soit permis de parler au Seigneur !
Pourquoi la puberté tardive et le malheur
Du gland tenace et trop consulté ? Pourquoi l'ombre
Si lente au bas ventre ? et ces terreurs sans nombre
Comblant toujours la joie ainsi qu'un gravier noir ?
Moi j'ai toujours été stupéfait ! Quoi savoir ?
.........................................................................
Pardonné ?...
                   Reprenez la chancelière bleue,
Mon père.
              Ô cette enfance !.....................................
...........................................................................
.......................................
et tirons-nous la queue !

                                                                François Coppée
                                                                       A. R.

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Autographe de l'Album zutique : voir notice.

En marge du poème, un dessin caricatural (trop habile pour être de Rimbaud) illustre le poème : un Napoléon III à moustache hypertrophiée donne le bras à la "Sainte Espagnole" (l'impératrice Eugénie de Montijo) ; au second plan un "N" au sommet d'un mât.

                         Ressouvenir

Cette année où naquit le Prince impérial
Me laisse un souvenir largement cordial
D'un Paris limpide où des N d'or et de neige
Aux grilles du palais, aux gradins du manège,
Éclatent, tricolorement enrubannés.
Dans le remous public des grands chapeaux fanés,
Des chauds gilets à fleurs, des vieilles redingotes,
Et des chants d'ouvriers anciens dans les gargotes,
Sur des châles jonchés l'Empereur marche, noir
Et propre, avec la Sainte Espagnole, le soir.

                                             François Coppée.

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Autographe appartenant à une collection particulière inconnue.

Classé ici par commodité avec les poèmes de l'Album zutique, ce "faux Coppée" est en réalité bien postérieur. Il a été inscrit par Rimbaud sur l'album du peintre Félix Régamey le 10 septembre 1872 à Londres.

          L'enfant qui ramassa les balles...


L'enfant qui ramassa les balles, le Pubère
Où circule le sang de l'exil et d'un Père
Illustre entend germer sa vie avec l'espoir
De sa figure et de sa stature et veut voir
Des rideaux autres que ceux du Trône et des Crèches.
Aussi son buste exquis n'aspire pas aux brèches
De l'Avenir ! il a laissé l'ancien jouet.
Ô son doux rêve ô son bel Enghien* ! Son œil est
Approfondi par quelque immense solitude ;
"Pauvre jeune homme, il a sans doute l'Habitude !"

* parce que "Enghien chez soi"

                                              François Coppée

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Pas d'autographe connu. Texte publié par Messein.

En 1923, l'éditeur Albert Messein publia sous le titre de "Stupra" (obscénités) trois sonnets d'Arthur Rimbaud :  "Les anciens animaux...", "Nos fesses ne sont pas les leurs" et "Le Sonnet du trou du cul" (autre version que celle de l'Album zutique). Ces sonnets avaient été détenus par Delahaye qui les copia pour Verlaine dans une lettre du 14 octobre 1883. Delahaye indique qu'il a dû reconstituer les textes de mémoire. Des mains de Verlaine, ils passèrent dans celles de Vanier, puis de Messein qui les publia. PB ne reproduit ces "Stupra" qu'en "annexe", considérant leur authenticité douteuse. Nous suivons LF qui les propose à la suite de l'Album zutique.

                      Les anciens animaux...

Les anciens animaux saillissaient, même en course,
Avec des glands bardés de sang et d'excrément.
Nos pères étalaient leur membre fièrement
Par le pli de la gaine et le grain de la bourse.

Au moyen âge pour la femelle, ange ou pource,
Il fallait un gaillard de solide grément :
Même un Kléber, d'après la culotte qui ment
Peut-être un peu, n'a pas dû manquer de ressource.

D'ailleurs l'homme au plus fier mammifère est égal ;
L'énormité de leur membre à tort nous étonne ;
Mais une heure stérile a sonné : le cheval

Et le bœuf ont bridé leurs ardeurs, et personne
N'osera plus dresser son orgueil génital
Dans les bosquets ou grouille une enfance bouffonne.

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Pas d'autographe connu. Texte publié par Messein sous le titre de "Stupra".

Voir : "Les anciens animaux ..."

          Nos fesses ne sont pas les leurs...


Nos fesses ne sont pas les leurs. Souvent j'ai vu
Des gens déboutonnés derrière quelque haie,
Et, dans ces bains sans gêne où l'enfance s'égaie,
J'observais le plan et l'effet de notre cul.

Plus ferme, blême en bien des cas, il est pourvu
De méplats évidents que tapisse la claie
Des poils ; pour elles, c'est seulement dans la raie
Charmante que fleurit le long satin touffu.

Une ingéniosité touchante et merveilleuse
Comme l'on ne voit qu'aux anges des saints tableaux
Imite la joue où le sourire se creuse.

Oh ! de même être nus, chercher joie et repos,
Le front tourné vers sa portion glorieuse,
Et libres tous les deux murmurer des sanglots ?


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