Arthur Rimbaud le poète > Biographie
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                     Chronologie
    

         "Ce serait la vie française,                                     
 le sentier de l'honneur !"                                

             L'enfance studieuse (1854-1869)
                  Un professeur nommé Georges Izambard (janvier-juillet 1870)
                       Les grandes vacances (août-décembre 1870)
                            Le temps de la Commune (janvier-mai 1871)
                                 À nous deux, Paris ! (juin-décembre 1871)
                                     "Oisive jeunesse" (janvier-juin 1872)
                                          Le vertigineux voillage (juillet-décembre 1872)
                                            
   "Le roman de vivre à deux hommes..." (janvier-juin 1873)
                                                     La crise de Bruxelles (juillet 1873 - mars 1874)
                                                          Quatrième séjour à Londres (mars-décembre 1874)
                                                                Sur les routes d'Europe et d'Orient, à la recherche d'un emploi (1875-1880)
                                                                      Agent commercial à Aden et au Harar (1881-1885)
                                                                            Pourvoyeur d'armes pour Ménélik II, roi du Choa (1885-1891)
                                                                                  Derniers jours (avril-novembre 1891)

   

 

 

   index des noms propres               

 

 

L'enfance studieuse (1854-1869)

   "Que sait-on si les latins ont existé ? C'est peut-être quelque langue forgée ; et quand même ils auraient existé, qu'ils me laissent rentier et conservent leur langue pour eux. Quel malheur ai-je fait pour qu'ils me flanquent au supplice ? Passons au grec... Cette sale langue n'est parlée par personne, personne au monde ! ...
     Ah ! saperlipotte de saperlipopette ! sapristi ! moi je serai rentier ; il ne fait pas si bon de s'user les culottes sur les bancs, saperlipopettouille !" (écrit par Arthur, probablement à l'âge de douze ans, lors de sa 4e, sur un de ses cahiers d'écolier).

Frédéric et Arthur en premiers communiants. 





20 octobre 1854. Naissance d'Arthur Rimbaud à Charleville, Ardennes. Fils de Vitalie Cuif et Frédéric Rimbaud, capitaine. Arthur avait un frère, Frédéric, son aîné d'un an, né en 1853, neuf mois après le mariage de ses parents. Trois sœurs naîtront dans les années suivantes.

1860. Année de la naissance d'Isabelle, derniers des enfants du couple et, probablement, de la dernière visite à Charleville du Capitaine Rimbaud. La séparation entre Vitalie et son mari ne sera jamais officialisée par un divorce. Admis à la retraite en 1864, le capitaine Rimbaud s'installera à Dijon, où il mourra en 1878 sans jamais avoir revu ses enfants.  

Octobre 1861. Arthur entre en 9e, à l'Institution Rossat. Sa scolarité dans cette institution privée, fréquentée par les familles bourgeoises de Charleville, sera brillante : nombreux prix dans plusieurs disciplines. Il y poursuivra ses études jusqu'à la classe de 6e.

Octobre 1864. Arthur entre en 6e. D'abord à l'Institution Rossat, puis, après les vacances de Pâques 1865, au Collège Municipal de Charleville.         

1866. Arthur et Frédéric font leur première communion. Arthur passe pour un élève très pieux. Il a même gagné la réputation d'être un "petit cagot" en faisant le coup de poing contre des condisciples qui profanaient un bénitier en s'aspergeant d'eau sacrée.

8 mai 1868. Arthur adresse une lettre en vers latins au Prince impérial, à l'occasion de sa première communion. Le secret dont il a entouré cette téméraire initiative lui vaudra les réprimandes du Principal, lorsqu'une lettre de réponse, rédigée par le précepteur du Prince, parviendra au Collège.

1869. Le Bulletin officiel de l'Académie de Douai publie pendant l'année 1869 trois poèmes en vers latins d'Arthur Rimbaud : "Ver erat" (15 janvier) ; "Jamque novus" (1er juin) ; "Jugurtha", composition en vers latins qui a remporté le 1er prix au Concours académique, classe de seconde (15 novembre 1869). Arthur rafle six premiers prix à l'issue de sa 2e.

 

Le Vieux Moulin de Charleville, aujourd'hui Musée Rimbaud.

La chronique rapporte (Delahaye) qu'avant d'aller au collège, Arthur et son frère Frédéric aimaient à manœuvrer une petite barque attachée au bord de la Meuse, pas très loin du Vieux Moulin (qui est aujourd'hui le Musée Rimbaud), et s'amusaient à la secouer en lui imprimant un mouvement de tangage, avant de s'absorber dans la contemplation du flot en train de s'aplanir.

Source : http://www.ardennes-culture.net/Rimbaud/lieux.html


 

Un professeur nommé Georges Izambard (janvier-août 1870)

  

 

Georges Izambard

 
  
    
Monsieur
     Je vous suis on ne peut plus reconnaissante de tout ce que vous faites pour Arthur. Vous lui prodiguez vos conseils, vous lui faites faire des devoirs en dehors de la classe, c’est autant de soins auxquels nous n’avons aucun droit. Mais il est une chose que je ne saurais approuver, par exemple la lecture d’un livre comme celui que vous lui avez donné il y a quelques jours (les misérables V.Hugot) [...]
     J'ai l'honneur de vous présenter mes respects.

V. Rimbaud








 
Janvier 1870. Un nouveau professeur de lettres, âgé de vingt-deux ans, Georges Izambard, est chargé de la classe de "rhétorique" (première, option littéraire) où Rimbaud a été admis en octobre 1869. Arthur prend vite l'habitude de montrer ses vers à ce jeune professeur qui, de son côté, fait découvrir à son élève la poésie la plus contemporaine.

2 janvier. Parution dans La revue pour tous des Étrennes des orphelins.

4 mai. Madame Rimbaud proteste auprès d'Izambard contre les mauvaises lectures qu'il favorise auprès de son fils (Les Misérables de Hugot sic ). Voir extrait ci-contre.

24 mai. Lettre d'Arthur à Théodore de Banville, accompagnée de trois poèmes, sollicitant une publication dans Le Parnasse contemporain.

16 juillet. Les préparatifs de guerre s'achèvent. Le bonapartiste Paul de Cassagnac lance un appel au peuple dans Le Pays. Rimbaud s'indigne dans Morts de quatre-vingt-douze.

18 juillet. Izambard quitte Charleville pour prendre ses vacances dans sa ville de Douai : Rimbaud lui lit Soleil et chair et lui remet sa nouvelle : Un cœur sous une soutane.

19 juillet. La France déclare la guerre à la Prusse.

2 août. Succès des armes françaises à Sarrebruck. Rimbaud raillera l'élan de chauvinisme déclenché par cette victoire sans lendemains dans un poème du Recueil de Douai.

6 août. Distribution des prix. Rimbaud refuse la proposition patriotique faite par les autres lauréats de faire le sacrifice des livres reçus au profit de l'effort de guerre.

13 août 1870. Le journal satirique La Charge publie Trois baisers.

25 août. Lettre d'Arthur à Georges Izambard, où il fait la satire du "patrouillotisme" des habitants de Charleville et annonce des projets de vie nouvelle "après les vacances".


 

De 1869 à 1875, la famille Rimbaud a vécu au premier étage de cette maison,
située Quai de la Madeleine, non loin du Vieux Moulin, au bord de la Meuse
(aujourd'hui : Maison des Ailleurs, 7, Quai Rimbaud).

Source : http://www.ardennes-culture.net/Rimbaud/lieux.html


 

Les grandes vacances (août-décembre 1870)


"Allons, chapeau, capote, les deux poings dans les poches, et sortons." (lettre à Georges Izambard, 2 novembre 1870).

Rimbaud en 1870 (par Ernest Delahaye)

 

Paul Demeny, ami de Georges Izambard,
poète et éditeur à la Librairie artistique (Paris).






29 août. Arthur prend le train pour Paris, quittant sans avertir personne le foyer maternel. Arrêté sans argent en Gare du Nord, il est écroué à la prison de Mazas le 31 août.

2 septembre. Capitulation de l'armée française (fin du siège de Sedan).

5 septembre. De Mazas, Rimbaud lance un appel au secours en direction d'Izambard, qui envoie de l'argent, le fait libérer et l'accueille pendant trois semaines à Douai dans sa maison familiale (chez les sœurs Gindre, qui sont en quelque sorte ses mères adoptives).

20-25 septembre. Converti au patriotisme par la proclamation de la République (4/09) et le siège de Paris (19/09), Rimbaud tente en vain (à cause de son âge) de s'engager dans la Garde Nationale de Douai, aux côtés d'Izambard. Il rédige pour ce dernier une lettre de protestation, projet de pétition demandant au Maire de Douai de fournir des armes à la Garde nationale (20/09). Il rédige aussi pour le Libéral du Nord, journal dont Izambard est rédacteur en chef, un compte-rendu de réunion qui fera quelques vagues (25/09).

26 ou 27 septembre. Réclamé vigoureusement par sa mère, Rimbaud rentre à Charleville en compagnie d'Izambard. Il a profité de son séjour à Douai pour recopier ses poèmes de l'année et les confier à Paul Demeny, poète et éditeur, par qui il espère être publié.

6 ou 7 octobre. Nouvelle fugue de Rimbaud, vers Charleroi (Belgique) où il essaie en vain de trouver un emploi de journaliste. 

mi-octobre. Retour à Douai où il est loin d'être le bienvenu. Nouveau séjour de trois semaines chez Izambard. Rimbaud remet à Demeny 7 nouveaux sonnets. Ce sont en tout 22 poèmes qu'il espère voir publiés et qui forment ce qu'on appelle le Recueil de Douai.

1er novembre. Rimbaud quitte à nouveau Douai, mais cette fois sous la protection des gendarmes que Madame Rimbaud a chargés de l'opération. Le lendemain, Arthur adresse une lettre à Izambard, où il lui affirme son intention de lui obéir pour mériter son amitié et de ne plus céder à la tentation de la fuite.

25 novembre. Le Progrès des Ardennes, journal républicain de Charleville, publie une "fantaisie" en prose de Rimbaud intitulée Le Rêve de Bismarck.


 


Sur cette vieille carte postale de Charleroi,
au premier étage de l'Hôtel de l'Espérance (fenêtres 7,8,9 à partir de la gauche),
 on distingue l'inscription "A LA MAISON VERTE". C'est le Cabaret-Vert de Rimbaud.

Source : "La dernière trace du passage de Rimbaud à Charleroi n’a pas résisté à la promotion immobilière",
par André Guyaux, site Rimbaud ivre.

 

Texte de Rimbaud, signé du pseudonyme "Jean Baudry", publié dans Le Progrès des Ardennes, le 25 novembre 1870.
Le document a été déniché chez un bouquiniste de Charleville par le cinéaste Patrick Taliercio et reproduit par L'Union le 24 avril 2008.

Source : http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=640


 

Le temps de la Commune (janvier-mai 1871)

  

Arthur avec les cheveux longs, en 1871, 
par Ernest Delahaye.


"— Je serai un travailleur : c'est l'idée qui me retient quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris, — où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris ! Travailler maintenant, jamais, jamais ; je suis en grève.
Maintenant, je m'encrapule le plus possible. Pourquoi ? je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant." (Arthur Rimbaud, lettre dite "du voyant", 13 mai 1871).





25 février-10 mars. Séjour d'Arthur à Paris où il visite les librairies et cherche à prendre contact avec certains milieux journalistiques et littéraires. La chronique (ou la légende ?) rapporte qu'il serait rentré à Charleville à pied.

1er mars. Les troupes allemandes défilent dans Paris.

18 mars. Début de l'insurrection du peuple de Paris.

7 avril. Les Versaillais bombardent Neuilly.

12 avril. Réouverture du collège de Charleville (retardée de plusieurs mois par la guerre). Arthur ne reprend pas ses études. Il a trouvé un emploi au Progrès des Ardennes qu'il n'occupera que cinq jours, le journal ayant été suspendu dès le 17 avril. 

17 avril. Lettre à Demeny. Rimbaud y rend compte de son précédent séjour à Paris.

17 avril-13 mai. Rimbaud s'est peut-être rendu à Paris pendant cette période. Les historiens discutent encore pour savoir si le jeune poète a pu réellement s'engager dans la Garde nationale et/ou participer à la Commune, comme il a été dit (Delahaye, Nouveau, Verlaine l'ont soutenu). Rien n'est sûr.

13 mai. Depuis Charleville, Rimbaud adresse une lettre à Georges Izambard (première des lettres dites "du voyant"). Il y exprime clairement sa solidarité avec le mouvement insurrectionnel et y ébauche un "art poétique".

15 mai. Nouvelle lettre dans l'esprit de la précédente, mais beaucoup plus développée et adressée à Paul Demeny.

21-28 mai. Les Versaillais pénètrent dans Paris. C'est la "Semaine sanglante".

"Les choses du jour étaient Le Mot d'ordre et les fantaisies, admirables, de Vallès
et de Vermersch au Cri du Peuple." Rimbaud à Demeny, lettre du 17 avril 1871.

Source : http://www.bookine.net/vallesbio.htm
 

 

À nous deux, Paris ! (juin-décembre 1871)


"Voici ce que j'ai fait pour leur présenter en arrivant." (Rimbaud à Delahaye, parlant du "Bateau ivre").

"[...] tel est ce môme dont l'imagination, pleine de puissance et de corruptions inouïes, a fasciné ou terrifié tous nos amis [...] C'est un génie qui se lève" (lettre du poète Léon Valade à Émile Blémont, 5 octobre 1871).

Verlaine, Valade et Mérat au dîner des Vilains-Bonshommes (dessin de Verlaine).






 
10 juin 1871. Lettre à Demeny, accompagnée de poèmes. Rimbaud s'y plaint du manque d'argent et demande à Demeny de brûler les poèmes qu'il lui a confiés antérieurement. 

15 août. Lettre à Théodore de Banville contenant "Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs".

28 août. Lettre à Demeny. Rimbaud rapporte les menaces que sa mère fait peser sur lui (la pension, la maison de correction) et sollicite une aide pour trouver un emploi à Paris.

Septembre. Sur la recommandation d'Auguste Bretagne, un ami de Verlaine dont il a fait la connaissance, Rimbaud envoie à l'auteur des Fêtes Galantes plusieurs des poèmes rédigés dans les mois précédents. Ses deux lettres ont été perdues, ainsi que les réponses de Verlaine. Mais on sait par Delahaye que ces réponses furent chaleureuses. Verlaine envoya l'argent du voyage et organisa l'accueil de Rimbaud par sa famille et ses amis.

entre le 20 et le 25 septembre. Date fournie par Delahaye. Rimbaud lit à Delahaye son "Bateau ivre", qu'il a rédigé dans le but d'épater le milieu littéraire parisien.

30 septembre. Rimbaud assiste au dîner des "Vilains-Bonshommes" (réunion périodique des poètes parnassiens où l'on banquetait et lisait des vers). Rimbaud fait sensation, par sa jeunesse, par la hardiesse de ses propos, par la qualité de ses vers (voir ci-contre).

Octobre. La gauche communarde des "Vilains-Bonshommes" se regroupe dans le Cercle zutique. Le photographe Étienne Carjat grave ses célèbres portraits de Rimbaud

15 octobre. D'abord logé par Verlaine, Rimbaud se rend vite désagréable à Mathilde (femme de Verlaine) et aux autres membres de la famille Mauté. Mi-octobre, il aménage chez Charles Cros. Il sera hébergé à tour de rôle chez divers poètes et artistes qui se cotisent pour lui permettre de vivre à Paris. Il semble qu'il se soit conduit partout avec un certain sans-gêne.

16 novembre. Une chronique théâtrale (rédigée par un ami de Verlaine, Lepelletier) signale la présence des Parnassiens à une pièce de Glatigny donnée à l'Odéon, et précise : "Le poète saturnien Paul Verlaine donnait le bras à une charmante jeune personne, Mlle Rimbaut".

 

 

Vignette de l'Hôtel des Étrangers figurant sur la couverture de l'Album zutique.

Les Zutistes s'étaient aménagé un local (avec bar et piano) dans une chambre du 3e étage de cet
établissement situé à l'angle de la rue Racine et de la rue de l'École de médecine. Verlaine, Rimbaud
et leurs amis du Cercle zutique s'y réuniront assidûment de la mi-octobre à la fin de l'année 1871.

Source : http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_29472/quand-les-poetes-disent-merde-a-leurs-contemporains?part=1


 

"Oisive jeunesse" (janvier-juin 1872)

 
"Vive l'académie d'Absomphe, malgré la mauvaise volonté des garçons ! C'est le plus délicat et le plus tremblant des habits, que l'ivresse par la vertu de cette sauge de glaciers, l'absomphe. Mais pour, après, se coucher dans la merde !" (lettre à Ernest Delahaye, Jumphe 1872).

 

 

Rimbaud, par Cazals.
L'ombre dessine un profil de Verlaine.






 
Début janvier 1872. Les poses commencent pour le fameux Coin de table de Fantin-Latour, qui sera exposé au "Salon" début mai.

13 janvier. Point culminant d'une série de violentes scènes de ménage, Verlaine, en proie à l'ivresse, manque d'étrangler sa femme. Mathilde se réfugie, avec son fils Georges (Verlaine est père depuis le 28 octobre 1871), chez ses parents, à Périgueux.

2 mars. Au cours d'un dîner des Vilains-Bonshommes, Rimbaud blesse Carjat avec la canne-épée de Verlaine. Verlaine doit faire face à la réprobation croissante de ses amis à l'égard des farces de mauvais goût, parfois méchantes, de son jeune protégé. En outre, Mathilde le menace d'une séparation. Aussi annonce-t-il à Rimbaud qu'il refuse de l'entretenir plus longtemps et lui demande de quitter Paris pendant quelque temps.

15 mars. Retour de Mathilde à Paris, reprise de la vie commune.

mars-avril. Rimbaud est en exil à Charleville, où il semble qu'il ait surtout hanté les bistrots en compagnie de Delahaye. Verlaine et Rimbaud échangent une correspondance clandestine, que l'on ne connaît que par les lettres de Verlaine. Les "lettres martyriques" de Rimbaud ont été perdues. Leur contenu probable : ressentiments et demandes de retour.

4 mai. Retour de Rimbaud à Paris, où il mène une vie discrète.

9 mai. Au café du Rat-mort (Place Pigalle), en présence du poète Charles Cros qui en a fait le récit, Rimbaud taillade avec un canif, par jeu, les poignets et les cuisses de Verlaine, le blessant sérieusement.

Juin. Pris de boisson, Verlaine menace Mathilde d'un couteau dans un restaurant. Il recommence à déserter le foyer conjugal et à s'en prendre violemment à Mathilde

Jumphe 72. Célèbre lettre de Rimbaud à Ernest Delahaye. Arthur y évoque sa vie au Quartier Latin, ses nuits de travail, ses soûleries à l'Académie d'Absinthe (taverne Pellorier).

 

   

Le Cabaret Pellorier, 175 rue Saint-Jacques.

Source : Association Autour du Père Tanguy.


 

Le vertigineux voillage (juillet-décembre 1872)


"Je voillage vertigineusment" (Paul Verlaine, billet adressé à Lepelletier, juillet 1872).

"Ma pauvre Mathilde, n'aie pas de chagrin, ne pleure pas ; je fais un mauvais rêve, je reviendrai un jour." (billet de Paul Verlaine, juillet 1872, d'après les mémoires de Mathilde Mauté).

 

Rimbaud et Verlaine dans une rue de Londres.
Dessin de Félix Regamey.






7 juillet 1872. Verlaine et Rimbaud quittent Paris sans avertir personne. Ils gagnent en train la Belgique, en passant par Arras (où une farce de leur style les conduit au poste de police) et par Charleville (où ils festoient en compagnie de l'ami Bretagne). Plusieurs poèmes de Verlaine (dans Romances sans paroles) et de Rimbaud évoquent cet épisode belge.

21 juillet. Mathilde arrive à Bruxelles (en compagnie de la mère de Verlaine). Elle parvient à convaincre Paul de repartir avec elle ("Birds in the night", dans Romances sans paroles évoque ces retrouvailles). Mais Rimbaud, qui a pris secrètement le même train, retourne le faible Verlaine au moment où il allait franchir la frontière franco-belge. Cet épisode rocambolesque met fin à la vie conjugale tourmentée de Paul Verlaine et Mathilde Mauté.

7 septembre. Les deux poètes gagnent Ostende où ils s'embarquent pour l'Angleterre. 

Septembre-octobre. À Londres, ils trouvent à louer la chambre que vient de quitter, pour cause de mariage, le poète et journaliste communard Eugène Vermersch. Ils consacrent les semaines qui suivent à visiter Londres et ils prennent contact avec le milieu des exilés communards, nombreux dans la capitale britannique.

10 septembre. Première de plusieurs rencontres avec Félix Régamey, dessinateur français installé à Londres, ami de Verlaine. Les deux poètes inscrivent des poèmes d'inspiration zutique sur l'album de l'artiste (cf. "L'enfant qui ramassa les balles...").

2 octobre. Mathilde demande officiellement la séparation de corps (le divorce n'existe pas), en fondant son dossier sur les "relations infâmes" existant entre son mari et Rimbaud.

Novembre. Paul et Arthur demandent à Mme Rimbaud de persuader Mathilde de ne pas impliquer Arthur dans le procès qu'elle intente contre Verlaine. Aussi étonnant que cela paraisse, "la Mother" accepte de s'entremettre et se rend à Paris. En vain.

Début décembre. Rimbaud retourne à Charleville, sur le conseil de Verlaine, afin de complaire à sa mère. Verlaine, seul, gravement déprimé, lance des appels au secours en direction de ses amis et de sa mère, qui arrive à Londres pour le Nouvel an.

Charles Auguste Bretagne portraituré par Verlaine

Source : http://bteyssedre.blog.lemonde.fr/2009/05/21/r18-une-maquerelle-nommee-bretagne/


 

"Le roman de vivre à deux hommes ..." (janvier-juin 1873)

 
  Verlaine et Rimbaud à Londres
détail (dessin de Verlaine)

Les courses furent intrépides
(Comme aujourd'hui le repos pèse !)
Par les steamers et les rapides,
(Que me veut cet at home obèse ?)

Nous allions, — vous en souvient-il,
Voyageur où ça disparu ? —
Filant légers dans l'air subtil,
Deux spectres joyeux, on eût cru !

Verlaine, Laeti et errabundi, 1887.







 
3 janvier 1873. Retour de Rimbaud à Londres, qui entraîne un rétablissement spectaculaire du moral de Verlaine, au témoignage de sa correspondance avec ses amis parisiens. On sait peu de choses sur l'activité des deux poètes pendant ce second séjour londonien de Rimbaud.

4 avril. Verlaine s'embarque pour la France (via Ostende), sur le steamer Comtesse-de-Flandres. Il espère rencontrer Mathilde et parvenir à un arrangement. On n'est pas certain que Rimbaud ait pris le même bateau que lui.

11 avril. Rimbaud arrive à l'improviste à la ferme de Roche (héritage de la famille Cuif), "triste trou" où séjournent sa mère, son frère Frédéric et ses sœurs. C'est son premier séjour dans ce lieu mythique, où il reviendra épisodiquement jusqu'à l'année de sa mort.

avril-mai (sept semaines). 
    
Verlaine s'installe chez sa tante à Jéhonville (Luxembourg). D'une part, Mathilde refuse tout entretien, d'autre part il craint d'être inquiété comme ancien communard s'il pénètre sur le territoire français (la police surveille particulièrement Verlaine moins à cause de ses faits et gestes pendant la Commune qu'à cause de ses relations londoniennes). Il s'occupe de faire éditer son recueil Romances sans paroles (qui paraîtra l'année suivante).
     Verlaine
et Rimbaud se rencontrent à plusieurs reprises, le dimanche, à Bouillon, localité située à mi-chemin entre Jéhonville et Charleville, en compagnie de Delahaye.
     Une lettre de Rimbaud à Delahaye, datée mai 73, décrit l'ennui de la vie à Roche et évoque la rédaction de "petites histoires en proses" intitulées "Livre païen, ou Livre nègre". "Mon sort dépend de ce livre", ajoute Rimbaud. Il s'agit probablement d'Une saison en enfer.

27 mai. Verlaine et Rimbaud s'embarquent à Anvers pour l'Angleterre, sur le steamer du Great Eastern Railway.

Juin. Les deux amis vivent des subventions de la mère de Verlaine et de quelques leçons de français, qu'ils trouvent par des annonces dans les journaux. De nombreuses et violentes disputes semblent avoir marqué ce troisième séjour londonien de Rimbaud. 
 

                               



La maison de Camden Town, 8 Great College street, telle qu'on peut la voir aujourd'hui, après une campagne d'opinion (et de restauration)
qui l'a sauvée in extremis des pelleteuses des promoteurs. C'est là que le 3 Juillet 1873 Rimbaud se met à la fenêtre et,
voyant Verlaine revenir des commissions un maquereau à la main, enveloppé dans un journal, lui lance :

"
Mon pauvre vieux, ce que tu as l'air con avec ton maquereau !" ... D'où procède la "crise de Bruxelles".

À gauche : plaque commémorative du 8 Royal College street, à Londres.

Source : http://rimbaud.jimdo.com/_london.php

 

La crise de Bruxelles (juillet 1873 - mars 1874)




Revolver 7 mm avec lequel Verlaine
 tira sur Rimbaud le 10 juillet 1873


Sorti de l'hôpital le 20 juillet, Rimbaud reste quelques jours à Bruxelles, chez une certaine Mme Pincemaille, marchande de tabac, rue des Bouchers, où le peintre Jeff Rosman fait son portrait :

Rimbaud alité et blessé, par Jeff Rosman
(Musée Rimbaud de Charleville)







 

3 juillet 1873. Verlaine s'embarque précipitamment pour la Belgique. "En mer", il adresse une lettre à Rimbaud où il justifie sa fuite par les "scènes sans motif" que Rimbaud ne cesse de lui faire. Il annonce qu'il se tuera si, dans les trois jours, Mathilde n'a pas accepté de reprendre la vie commune. De Bruxelles, il lance tous azimuths des courriers où il menace de se suicider.

4, 5, 7 juillet. Lettres de Rimbaud à Verlaine : "il me fallait absolument partir [...] cette vie violente et toute de scènes sans motif que ta fantaisie ne pouvait m'aller foutre plus !" (lettre de Verlaine à Rimbaud, 3 juillet 1873). "Le seul vrai mot, c'est : reviens, je veux être avec toi, je t'aime." (lettre de Rimbaud à Verlaine, 5 juillet 1873).

6 juillet. Madame Rimbaud, à qui Verlaine a écrit aussi, adresse une lettre amicale et compatissante à l'ami de son fils, en essayant de le raisonner.

8 juillet. Rimbaud se rend à Bruxelles, sur la demande de Verlaine. 

10 juillet. Verlaine, ivre, tire au revolver sur Rimbaud et lui loge une balle dans l'avant-bras gauche. Dénoncé par Rimbaud auprès d'un agent de police, Verlaine est écroué.

19 juillet. Rimbaud renonce officiellement à toute poursuite contre son ami.

8 août. Verlaine est jugé et incarcéré (deux ans de prison).

fin juillet-début septembre. Rimbaud est à Roche, où il rédige Une saison en enfer (daté Avril-Août 1873), dans un état d'agitation extrême (dit la chronique familiale). 

23 octobre. Bruxelles. Rimbaud, invité à prendre livraison de la plaquette chez Poot, n'en retire que quelques exemplaires (dont l'un est transmis à Verlaine). Malgré l'envoi de plusieurs exemplaires à d'anciens amis, il n'y a aucun écho, aucun compte rendu dans la presse.

Fin 1873-début 1874. On a très peu d'informations sur cette période. On sait seulement qu'Arthur fait un séjour à Paris fin octobre-début novembre où l'accueil à lui réservé par le milieu littéraire est glacial. Puis, il passe probablement l'hiver à Charleville.
 

 

 

La ferme familiale des Cuif à Roche d'après de vieilles cartes postales.
Les allemands ayant détruit ce bâtiment en 1918, il n'en reste plus aujourd'hui qu'un pan de mur.

sources : https://vudumont.com/2014/08/07/rimbaud-a-laitou/
  https://fr.wikipedia.org/wiki/Chuffilly-Roche

 

Dédicace figurant sur l'exemplaire d'Une saison en enfer offert à Verlaine.


 

Quatrième séjour à Londres (mars-décembre 1874)

   

Germain Nouveau

"Ce départ précipité à l'anglaise [...] ressemblait fort à un enlèvement : il ne nous dit rien qui vaille. Soumis à l'influence directe de Rimbaud, en pays étranger, sans contrepoids, nous crûmes Nouveau perdu, ou n'en valant guère mieux."

Jean Richepin, La Revue de France, 1927.
 









26 mars 1874. Une lettre de Germain Nouveau à Jean Richepin nous apprend que Rimbaud séjourne à Londres à cette date et que les deux poètes ont loué ensemble "une room dans Stamford street dans une famille dont le bon jeune homme, qui sait un peu de français, converse tous les jours une heure avec nous, dans le but qu'il se perfectionne".

4 avril. Le registre de la "reading room" du British Museum nous apprend que Rimbaud et Nouveau se sont inscrits de concert ce jour. Nouveau ayant pour prénoms Marie Bernard Germain, Rimbaud par plaisanterie ajoute aux siens le prénom de Joseph (Jean Nicolas Joseph Arthur Rimbaud).

mai. Nouveau a quitté Londres et il semble même (d'après ses petites annonces dans les journaux anglais) qu'il ne partage plus son logement avec Rimbaud depuis le début du mois de mai. C'est donc probablement avant cette date que Nouveau aura effectué la copie de deux poèmes des Illuminations où l'on reconnaît sa main ("Métropolitain" et "Villes, L'acropole officielle..."). On sait que la mise au net, sinon la rédaction même, des Illuminations, date de cette année 1874.

9, 10 et 11 juin. Une petite annonce dans un journal nous apprend que Rimbaud recherche des "conversations avec des gentlemen anglais" et qu'il a changé d'adresse.


                                                                    Lefrère, Arthur Rimbaud, Fayard, 2001.

juin. Rimbaud, malade, est hospitalisé à Londres (on n'en sait pas beaucoup plus).

6 juillet. Madame Rimbaud et sa fille Vitalie sont à Londres, probablement après avoir reçu un appel au secours de la part d'Arthur. On sait tout ou presque sur leurs visites touristiques au cours de ce mois de juillet, faites sous la conduite d'Arthur, grâce au journal intime de Vitalie.

29 juillet. Rimbaud reçoit enfin une offre de travail intéressante, qui l'oblige à quitter Londres pour une ville de province (inconnue). Madame Rimbaud regagne Charleville le 31 juillet.

octobre. Bien que dispensé des obligations militaires par l'engagement de son frère Frédéric, Arthur (qui a fait ses vingt ans le 24) est tenu de se présenter devant le conseil de révision et d'accomplir une période minimale d'instruction. Sa mère fait repousser l'échéance.

17 novembre. Une petite annonce nous apprend que Rimbaud se trouve à Reading et cherche un job de secrétaire ou d'accompagnateur auprès d'un gentleman désirant voyager.

29 décembre. Rimbaud est de retour à Charleville.

 


 

La main de Germain Nouveau dans le manuscrit des Illuminations.

Feuillet 24 du manuscrit. En haut, la fin de Métropolitain, en bas le texte de Barbare. Notez dans Métropolitain la particularité de la graphie des "s" en fin de mot, qui ne se retrouve jamais dans l'écriture de Barbare. Notez la tendance à ne pas lever la main entre deux mots normalement séparés. Ce sont, d'après les experts, des caractéristiques de l'écriture de Nouveau. Henry de Bouillane de Lacoste a montré en 1949 que deux poèmes du manuscrit des Illuminations (Villes L'acropole officielle... et Métropolitain) attestent l'intervention de Nouveau.

                            Source : Arthur Rimbaud, Œuvres complètes, éd. Steve Murphy, t.IV, Fac-similés, Champion, 2002.



 

Inscription de Nouveau et Rimbaud au registre de la "reading room" du British Museum.

Source : Association internationale des Amis de Rimbaud.

 

"Rimbald le marin". Arthur sur les routes d'Europe et d'Orient, à la recherche d'un emploi (1875-1880)

   

Ernest Delahaye, l'ami de Charleville.



 

"Quand repars-tu ?" demande Delahaye. "Aussitôt que possible", répond Rimbaud (dessin Delahaye).







1875

13 février.
Départ pour Stuttgart comme précepteur. Rimbaud apprend l'allemand. Verlaine, sorti de prison à la mi-janvier, lui rend visite fin février. Rimbaud lui confie Les Illuminations. Une lettre à Delahaye du 5 mars 75 nous renseigne humoristiquement sur ces retrouvailles.
mai-juin. Il est en Italie. Malade (insolation), il se fait rapatrier par le consul de France à Livourne. juillet. Delahaye rapporte à Verlaine que Rimbaud songe à s'engager dans la guerre civile espagnole du côté des Carlistes "histoire d'aller apprendre l'espagnol". 14 octobre. Lettre à Delahaye, postée à Charleville. Rimbaud y annonce son intention de passer le baccalauréat et de faire son instruction militaire. La chronique le décrit aussi, en ce dernier trimestre 75, passé à Charleville, prenant des leçons de piano.
1876 18 mai. Après un périple (Vienne, Bruxelles, Rotterdam) Rimbaud est à Harderwijk où il s'enrôle pour six ans parmi les mercenaires combattant aux Indes néerlandaises. 22 juillet. L'unité à laquelle appartient Rimbaud est à Java. 15 août. Rimbaud déserte. "Quand Rimbaud revint de la tournée Sumatra-Java, il traversa Paris où on le vit habillé en marin anglais [...] [Germain Nouveau] l'appela désormais Rimbald le marin" (E.Delahaye, Les Illuminations et Une saison en enfer, Messein, 1927, p.16). Arthur arrive le 6 décembre à Charleville, où il passe l'hiver.
1877 Mi-mai. Il est à Brême où il cherche à s'engager dans la marine américaine. Juin. Stockholm. Août. Copenhague. Septembre. Charleville.
1878 On ne sait rien des premiers mois. Été. Roche. 20 octobre. Départ pour Alexandrie, via les Vosges, la Suisse, Milan (cf. la fameuse lettre sur le franchissement, à pied, du Saint-Gothard). 16 décembre. Il est contremaître dans le bâtiment, à Chypre.
1879 28 mai. Ayant contracté la fièvre typhoïde, Rimbaud quitte son emploi à Chypre et rentre à Roche, où il passe plusieurs mois.
1880 Mars. Alexandrie. Chypre, où il s'embauche à nouveau sur un chantier de construction. Août. Aden. Il trouve un emploi dans la maison Mazeran, Viannay, Bardey et Cie (commerce des peaux et du café). Novembre. Il est affecté à la succursale de cette maison commerciale dans le Harar, qu'il rejoint en décembre. C'est la fin d'une longue errance... et le début d'une carrière.

 

La maison Bardey, à Aden.

Source : Le Figaro (J.-J. Lefrère/Flammarion)

 


 

Autoportrait photographique joint à la lettre du 6 mai 1883 envoyée par Rimbaud à sa famille (détail).
Rimbaud est coiffé d'un calot. Il pose sur la terrasse de la maison qu'il habite à cette date, à Harar.

Voir la page : Photos d'Afrique.

 

Agent commercial à Aden et au Harar (1881-1885)

"Plus heureux, M.Rimbaud, voyageur au service de la maison Mazeran, Bardey et Ce, qui a pu, dit-on, revenir sain et sauf d'une excursion faite chez les Ogaden en plein pays çomali" (bulletin de la Société normande de Géographie, 1884).






 
juin-juillet 1881. Rimbaud, qui a passé l'hiver à Harar, pénètre plus avant à l'intérieur du pays abyssin en quête d'ivoire et de peaux.

décembre. Il quitte le Harar et rejoint la maison mère à Aden, où il passe l'année 1882.

1882. À Paris paraît un roman de Félicien Champsaur, intitulé Dinah Samuel, qui met en scène Rimbaud sous le nom crypté d'Arthur Cimber. Dans un chapitre du roman, un peintre impressionniste tente de convaincre un homme de lettres que Rimbaud est le plus grand poète qui soit. À titre de preuve, il récite deux strophes des Chercheuses de poux.

Fin mars 1883. Rimbaud retourne à Harar.

Août 1883. Rimbaud organise une expédition en Ogadine (Ogaden), région dangereuse et peu connue à l'époque.

10 décembre 1883. Il rédige un récit de son voyage en Ogadine pour la Société de Géographie.

5 octobre 1883. Verlaine publie dans la revue Lutèce (5 octobre et 10 novembre) une série intitulée Les Poètes maudits. L'étude consacrée à Rimbaud offre le texte de six poèmes (plus deux extraits d'autres poèmes). C'est la première présentation publique un tant soit peu conséquente de l'œuvre de Rimbaud.

Mars 1884. La firme Bardey étant mise en liquidation, Rimbaud quitte Harar pour Aden, où il séjourne jusqu'en novembre 1885.

Avril 1884. Verlaine publie en volume ses Poètes maudits. La jeune génération symboliste, qui découvre alors Rimbaud, s'intéresse particulièrement au sonnet des Voyelles qui sera dans les années suivantes au centre d'un intense débat littéraire.

 

Photo Bidault de Glatigné, 1888-1889, Société de géographie de Paris.

C'est dans cette bâtisse à étage, située au nord de la place principale Faras Magala (marché aux chevaux) de Harar,
anciennement palais de Raouf Pacha, qu'Alfred Bardey établit la factorerie où travailla et vécut Rimbaud
de début décembre 1880 à début décembre 1881 et de mi-avril 1883 à début mars 1884.

            


Première édition en volume des Poètes maudits (Vanier, 1884), avec sa gravure à l'eau-forte de Thomas Blanchet

Source :
Face à Rimbaud de Jean-Jacques Lefrère aux éditions Phébus, 2006.



 

Pourvoyeur d'armes pour Ménélik II, roi de Choa (1885-1891)

   
Les Illuminations, La Vogue, 1886.
 

"Ne vous étonnez pas que je n'écrive guère : le principal motif serait que je ne trouve jamais rien d'intéressant à dire. Car, lorsqu'on est dans des pays comme ceux-ci, on a plus à demander qu'à dire ! Des déserts peuplés de nègres stupides, sans routes, sans courriers, sans voyageurs : que voulez-vous qu'on vous écrive de là ? Qu'on s'ennuie, qu'on s'embête, qu'on s'abrutit ; qu'on en a assez, mais qu'on ne peut pas en finir, etc., etc. !" (lettre à sa mère et à sa sœur du 25 février 1890).






Octobre 1885. Rimbaud décide de rompre son contrat avec Bardey pour s'associer avec Labatut dans une affaire d'importation d'armes dans le Choa.

Novembre 1885. Il traverse la mer Rouge et gagne Tadjoura où se forme la caravane, mais diverses péripéties (mort de Labatut, entraves administratives) le bloquent dans cette ville jusqu'en septembre 1886.

Mai-juillet 1886. À Paris, la revue La Vogue publie les Illuminations (en y incluant abusivement plusieurs des poèmes de 1872), d'abord en feuilleton (en cinq livraisons successives) puis en brochure, ainsi qu'Une saison en enfer. La rumeur de la mort de l'auteur ayant couru, la livraison du 7 juin présente Les Illuminations comme étant l'œuvre de "FEU ARTHUR RIMBAUD".

6 février 1887. Rimbaud parvient à Ankober, capitale du Choa, après un voyage de quatre mois à travers le désert d'Abyssinie, épuisant et dangereux (la région est infestée de pillards). Mais le roi Ménélik se trouvant dans le Harar, où il est en train de guerroyer, Rimbaud doit encore gagner Entotto, à 120 km de distance, pour monnayer (à des conditions qui se révèleront désavantageuses) son chargement de fusils.

Juillet 1887. Début d'une brève période de voyages (Aden, Le Caire) et de repos. Rimbaud publie le récit de son voyage au Choa dans Le Bosphore égyptien (25 et 27 août 1887).

1888. Verlaine donne en janvier une étude sur Rimbaud dans la série des Hommes d'aujourd'hui éditée par Vanier. La revue Le Décadent, souhaitant sans doute rivaliser avec Lutèce qui a publié Les Poètes maudits et La Vogue qui a publié Les Illuminations, fait paraître en 1888 une série de cinq faux-Rimbauds. Verlaine proteste.

Avril 1888. Après une tentative infructueuse pour monter une nouvelle affaire de vente d'armes dans les premiers mois de 1888, Rimbaud décide de revenir au négoce traditionnel. Il ouvre en avril, à son propre compte, une agence commerciale à Harar. Il établit pour cette nouvelle entreprise un partenariat avec un riche négociant d'Aden : César Tian. C'est cette activité qui l'occupera pendant les quelques années qui lui restent à vivre.

 

La maison à large toit, en arrière plan de l'image, serait la demeure habitée
par Rimbaud lors de son dernier séjour à Harar (mai 1888-avril 1891).
Photo publiée par Ottorino Rosa,
L'impero del leone di Giuda. Note sull'Abissinia, Brescia, Lenghi, 1913, p. 145.

Voir : Jean-Michel Cornu de Lenclos, "L'emplacement de la maison de Rimbaud localisé à Harar" :
http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/IMG/pdf/LocalisationMaisonRimbaudHarar_20-48-54.pdf


 

Derniers jours (avril-novembre 1891)

  
 "Et moi qui justement avais décidé de rentrer en France cet été pour me marier ! Adieu mariage, adieu famille, adieu avenir ! Ma vie est passée, je ne suis qu'un tronçon immobile." (lettre d'Arthur à sa sœur Isabelle, 10 juillet 1891).

Portrait de Rimbaud mourant
par sa sœur Isabelle




7 avril 1891. Rimbaud, qui souffre depuis des mois d'une tumeur au genou, se fait transporter en civière de Harar à Zeilah, sur la côte, où il s'embarque pour Aden. Il est très affaibli par les souffrances et le manque de sommeil (il a tenu le plus longtemps possible pour mettre en ordre ses affaires avant son départ). À quoi s'ajoutent les fatigues du voyage (onze jours pour traverser le désert, plus trois jours de bateau).

24 avril. Il est soigné une quinzaine de jours à Aden. Devant la gravité de son état, les médecins lui suggèrent de regagner la France pour s'y faire hospitaliser.

20 mai. Il est admis à l'Hôpital de la Conception, à Marseille. Sa mère est à son chevet le 23 mai. Il est amputé de la jambe droite le 25 mai.

23 juillet. Il quitte l'hôpital et prend, seul, le train pour Roche, où il n'était pas revenu depuis dix ans (Madame Rimbaud avait déjà regagné Roche le 9 juin).

23 août. Son état de santé s'aggravant à nouveau, Rimbaud repart pour Marseille, accompagné de sa sœur Isabelle. Son idée fixe est de reprendre le bateau pour rejoindre l'Afrique mais le cancer, qui se généralise rapidement, l'en empêchera.

9 novembre, cinq heures du soir. À Paris où le milieu littéraire symboliste et décadent ignore à peu près totalement où se trouve son héros disparu et ce qu'il fait, un petit scandale va agiter le cénacle. À la suite d'un conflit entre l'éditeur (Genonceaux) et l'auteur-préfacier (Darzens), la police saisit avant leur diffusion les exemplaires de la première édition des poésies de Rimbaud, recueil constitué par Rodolphe Darzens sous le titre de Reliquaire

10 novembre, dix heures du matin. Rimbaud s'éteint à l'Hôpital de la Conception, après plusieurs semaines de semi-coma. C'est sa sœur Isabelle qui l'a accompagné pendant cette longue agonie. Ce dénouement ne sera connu à Paris que le 1er décembre 1891.

 

Plan de civière dessiné par Rimbaud.
(Bibliothèque municipale de Charleville)

 

 

Vitalie Rimbaud, mère du poète, vers 1890.
Notice détaillée sur le site de Sotheby's.



Isabelle Rimbaud, sœur du poète.

 

 

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